Starship : pourquoi le troisième vol test de la fusée de SpaceX est attendu au tournant | IFRI


Jamais deux sans trois ? Après le semi-échec (ou la réussite en demi-teinte) du précédent vol test en novembre, SpaceX retourne sur le pas de tir, jeudi 14 mars, pour un troisième essai de sa fusée Starship, avec l’espoir que celle-ci ne termine pas une nouvelle fois en boule de feu. Afin de (re)mettre ce lancement et cette étape cruciale en perspective et de (re)poser les enjeux, franceinfo vous explique pourquoi cet engin est si scruté et attendu pour la conquête spatiale.

Parce que la Nasa compte sur Starship pour retourner sur la Lune

Lancée en 2022, l’ambitieux programme Artemis mené par l’Agence spatiale américaine (Nasa) poursuit son chemin. L’objectif est de renvoyer des humains sur la Lune. Mais, contrairement à ce qui a été fait avec le programme Apollo dans les années 1960-1970, l’idée est de le faire de façon régulière et durable, en installant une base lunaire.

“Artemis, c’est le programme-phare de la Nasa pour l’exploration spatiale”, insiste auprès de franceinfo Paul Wohrer, spécialiste des questions spatiales à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Pour l’instant, trois phases sont prévues. Artemis I, la première étape, correspond à l’envoi de la capsule Orion autour de la Lune, puis son retour sur Terre. Elle a été achevée en décembre 2022. Artemis II doit embarquer quatre astronautes qui resteront en orbite autour de la Lune avant de revenir sur Terre. En janvier, cette étape a été décalée de septembre 2024 à septembre 2025. Enfin, lors d’Artemis III, des astronautes se poseront au niveau du pôle Sud de la Lune. Cette dernière phase devrait survenir en 2026 au plus tôt.

La fusée de SpaceX est de première importance pour la Nasa car elle l’a choisie, dès 2021, pour emmener les astronautes sur le sol de notre satellite naturel. Si les deux premiers vols ont échoué, “des étapes-clés” ont toutefois été franchies, et il ne fait pas de doute que Starship va réussir à voler et à se reposer sur Terre sans encombre, estime Paul Wohrer. La principale question est de savoir quand cela surviendra.

 

Parce que c’est la plus grande et la plus puissante fusée jamais construite

Culminant à 120 mètres de haut – l’équivalent d’un immeuble de trente étages –, Starship est la plus haute fusée jamais construite. A titre de comparaison, Ariane 6, la nouvelle fusée européenne qui doit effectuer son vol inaugural entre mi-juin et fin juillet, mesure 62 mètres.

La puissance phénoménale de Starship, qui embarque 33 réacteurs appelés Raptor, lui permet d’emporter 100 tonnes de matériel en orbite basse, cinq fois plus qu’Ariane 5. France 2 avait présenté la gigantesque fusée de SpaceX à l’occasion de son premier vol test, en avril 2023.

En parvenant à réutiliser des éléments de ses fusées, SpaceX enregistre déjà une bonne longueur d’avance sur les autres lanceurs, remarque le chercheur Paul Wohrer. Avec les “capacités incomparables et uniques” de Starship, la société d’Elon Musk va creuser davantage l’écart, souligne-t-il.

 

Starship, mastodonte spatial, est scrutée avec attention par les différentes puissances qui veulent investir l’espace : les acteurs historiques, comme l’Europe, ou les nouveaux venus, comme les sociétés privées Blue Origin du milliardaire américain Jeff Bezos, ou des pays comme la Chine et l’Inde. L’intérêt est donc d’observer les performances de l’appareil, mais aussi d’entériner la nette avance de SpaceX. Mais si Starship venait à voler, “ce n’est pas pour autant que tous les autres lanceurs seraient obsolètes”, tempère Paul Wohrer.

Parce qu’elle pourrait permettre de faire (encore) baisser le coût des lancements spatiaux

Le marché des lanceurs a déjà été totalement bousculé par SpaceX. Avec la réutilisation d’éléments, l’entreprise américaine a réussi à faire fondre ses coûts. Un lancement était estimé à environ 150 millions de dollars (environ 137 millions d’euros) pour Ariane 5. Avec une fusée Falcon 9 de SpaceX, dont le booster est réutilisable, le montant est divisé par plus de deux : environ 62 millions de dollars (environ 56,7 millions d’euros).

D’après Elon Musk, un lancement de Starship pourrait coûter moins de 10 millions de dollars (près de 9,2 millions d’euros). Ses estimations doivent toutefois être prises avec prudence, prévient Paul Wohrer, tout en insistant sur le fait que la fusée promet d’être “très économique car totalement réutilisable, avec les deux étages qui doivent être capables de revenir sur Terre”. Encore faut-il, souligne le spécialiste, que les coûts de maintenance et d’entretien des différents éléments soient conformes aux prévisions.

Parvenir à abaisser les coûts de façon aussi drastique pourrait permettre à Elon Musk de mener à bien son projet de long terme avec Starship : faire de l’homme la première espèce multiplanétaire. A l’origine, cette fusée XXL a été imaginée par le milliardaire dans le but de coloniser d’autres planètes.

La Lune n’est donc qu’une étape préalable, avant de viser Mars. Elon Musk ne s’en cache pas, il a affirmé qu’il comptait y créer “une ville autosuffisante”, et développer une “civilisation spatiale”.
 

> Cet article est disponible sur le site de France Info

 



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