Mort de Sylvain Luc, guitariste majeur


De battre son cœur s’est arrêté hier, soudainement, brutalement, injustement, a annoncé sa femme, la guitariste Marylise Florid. Sylvain Luc devait jouer ce jeudi 14 mars à la Cité de l’architecture, au Paris Music Festival. Il avait 58 ans seulement, et nous n’aurons désormais que notre mémoire et des enregistrements illustres pour nous souvenir quel musicien brillant il fut, l’un des guitaristes les plus doués de sa génération, improvisateur génial, novateur sans frontière, de surcroît précédé d’une réputation d’homme fraternel et bienveillant.

Né à Bayonne en 1965, Sylvain Luc ne portait pas ses origines basques en étendard. Elles étaient pourtant là, profondément inscrites, toujours réinventées. Dès ses 4 ans, il se retrouve avec une guitare entre les mains, puis, au conservatoire de Bayonne, tâte de toutes les cordes, violoncelle, violon, mandoline. C’est finalement la guitare qu’il adopte pour écumer le Pays basque et animer les baloches en musicien déjà accompli.

Un guitariste virtuose, sideman de luxe de la variété française

Monté à Paris à la fin des années 1980, il se taille une place de choix comme musicien de jazz et pilier de studio. On le retrouve « sideman » de luxe pour musiciens à l’oreille avertie, Michel Jonasz, Jean Guidoni, Françoise Hardy, Georges Moustaki, Philippe Léotard, Romain Didier, William Sheller, Catherine Lara. Comment les citer tous ? C’est en 1993 que le musicien sort de l’ombre avec Piaia, album en guitare solo bercé par les influences du monde.

En 1999, avec Biréli Lagrène – le Basque et le Manouche –, il enregistre un Duet de toute beauté, savoureuse fusion de tempéraments. La trentaine passée, Sylvain Luc inaugure les années 2000 en fanfare avec le trio Sud, formé avec André Ceccarelli et Jean-Marc Jafet. La critique est dithyrambique et le musicien multiplie les enregistrements avec Didier Lockwood, Michel Galiano, Michel Portal, Richard Bona. La liste, ici encore, est infinie.

Au célèbre club le Sunset, puis au Baiser salé, s’écrit la légende au cours de jam sessions où le guitariste montre l’étendue de son talent, puis dans les festivals qui quadrillent la France du jazz. C’est Michel Legrand qui lui tresse des lauriers en l’imposant comme unique guitariste à ses côtés. Ami de Bernard Lubat et animateur régulier du festival d’Uzeste, Sylvain Luc était aussi un visiteur régulier de la Fête de l’Humanité, et avait plus d’une fois enflammé le stand des Amis de l’Humanité.

« Sylvain c’était l’invention musicale tout le temps, entre musiques populaires, jazz et musiques dites savantes », salue l’œuvrier d’Uzeste Fabrice Vieira. « Sa mort est irréelle. » Le saxophoniste Franck Wolf, « sous le choc », se souvient « de moments d’amitié et de musique inoubliables. Il était toujours dans la bonté et le partage. C’est une très grande perte pour la musique ».

Le rédacteur en chef de Jazz Magazine, Fred Goaty a twitté : « C’est avec une tristesse infinie que j’apprends la disparition brutale du grand guitariste Sylvain Luc. La famille du jazz est en deuil. » Et France Musique a bousculé sa programmation pour rendre un hommage mérité à cet acteur considérable de la longue histoire d’amour entre la France et les musiques improvisées.



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