À Mediapart, Carine Fouteau succède à Edwy Plenel 


« Je mesure la responsabilité qui est la mienne de prendre la suite d’Edwy Plenel », a déclaré Carine Fouteau lors de la traditionnelle conférence de presse annuelle du média d’investigation Mediapart qui fête ses 16 ans. La journaliste de 49 ans devient présidente et directrice de la publication du site d’investigation à la place de son cofondateur, âgé de 71 ans, qui continuera toutefois à écrire pour le média.

Carine Fouteau travaille à Mediapart depuis sa création en 2008, après avoir quitté le quotidien Les Echos à la suite de son rachat par le groupe de luxe LVMH. Avant de prendre la tête du site d’investigation, elle y a couvert les questions migratoires et en a été codirectrice éditoriale de 2018 à 2023.

Les quatre principaux postes de direction sont désormais occupés par des femmes : Carine Fouteau, présidente et directrice de publication, Cécile Sourd, directrice générale (depuis 2023), Lenaïg Bredoux et Valentine Oberti, codirectrices éditoriales (depuis 2023). « C’est venu logiquement car ce que nous faisons nous transforme », a commenté Edwy Plenel, en rappelant que Mediapart avait été en pointe dans le traitement du mouvement féministe #MeToo.

« C’est l’achèvement du passage de témoin en bon ordre, sereinement, des cofondateurs à l’équipe », a complété Edwy Plenel, en rappelant que son remplacement était préparé depuis deux ans en vertu d’un « processus collectif ». « Tout ça se passe avec une très grande douceur », a-t-il insisté. Directeur de la rédaction du Monde de 1996 à 2004 et emblème du journalisme d’investigation en France, Edwy Plenel a cofondé Mediapart en 2008 avec François Bonnet, Laurent Mauduit et Marie-Hélène Smiejan. Il était le dernier des cofondateurs encore présent dans l’équipe de direction.

« Figure tutélaire »

Depuis la naissance du site, Edwy Plenel l’a incarné aux yeux du grand public : Mediapart « a eu besoin d’une figure tutélaire comme celle d’Edwy pour s’imposer dans le paysage médiatique », a souligné Carine Fouteau. « Pendant longtemps, Mediapart a été assimilé à cette image, à ce visage. Aujourd’hui, Mediapart, c’est une équipe », a-t-elle ajouté.

Visiblement ému, Edwy Plenel a dit sa « fierté collective » et sa « joie »: « Conquérir, c’est difficile. Le pari de Mediapart était fou. Durer, c’est difficile […] mais transmettre, c’est encore plus difficile »« Arriver à passer la main, à penser qu’il y a autre chose après soi-même n’est pas souvent évident, il suffit de regarder le monde politique ou le monde économique pour s’en rendre compte », a-t-il développé.

En 16 ans, le site marqué à gauche s’est imposé « comme un contre-pouvoir » grâce à ses enquêtes sur des scandales politiques, les violences policières ou les violences sexuelles, a rappelé Carine Fouteau. « Notre projet est de faire de Mediapart un grand journal populaire, qui à la fois dérange et rassemble, par la force et la qualité de ses informations », a-t-elle poursuivi.

Nouveaux formats

Pour « s’adresser à un public aussi large que possible, populaire et plus jeune », la nouvelle patronne de Mediapart souhaite insister sur « les nouveaux formats », à l’image des émissions « À l’air libre » en vidéo ou « Abonnez-vous » sur la plateforme Twitch. Son élection comme présidente, à l’unanimité des neuf membres du conseil d’administration, avait « la force de l’évidence », selon son prédécesseur.

Comme tous les ans, Mediapart (137 salariés, dont 65 journalistes) a publié ses chiffres de l’année écoulée. En 2023, il comptait près de 220 000 abonnés (210 500 en 2022), avec un chiffre d’affaires de 22,45 millions d’euros (21,23 en 2022) et un bénéfice net de près de 2,3 millions d’euros (2,6 en 2022).

Ses responsables ont souligné que le fait de dépendre quasi uniquement des abonnements et d’avoir un capital sanctuarisé depuis 2019 était une garantie d’« indépendance ». « Mediapart défend un journalisme d’intérêt public au service de l’intérêt général », a martelé Edwy Plenel, avant un ultime coup de griffe aux « médias du groupe Bolloré » (CNews, C8, Europe 1, JDD etc.) qui, a-t-il affirmé, « détruisent notre métier et font du mal à la démocratie ».



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