À un moment, il se passe quelque chose, ce serait bien qu’on soit à l’écoute


C’est l’histoire d’une femme qui monte sur scène et qui confirme ce que disent les docteurs : le rire est le meilleur des antistress. Elle est énervée, exaspérée même. Parfois pour les bonnes raisons. Et souvent pour les mauvaises. Cette exaspération, Nora Hamzawi en fait un ressort comique pour raconter le quotidien d’une femme de 40 ans en couple, avec enfant. Situation sociale proche du prototype, qu’elle dynamite en s’arrogeant tous les droits : une franchise crue. Et une bonne dose de mauvaise foi. Son spectacle carbure au contraste : un débit assuré qui raconterait certitude, détermination et qui trahit au final cette question : dans quel état j’erre ?” Tandis que nous nous efforçons de donner le change, Nora Hamzawi assume tout : “ses antidépresseurs, sa libido au niveau de la mer, sa vie d’hétéro bouffée par le quotidien ou encore son obsession du regard des autres.”

Capture d’écrans

2 min

Elle tient la scène des Folies Bergères jusqu’au 30 mars avant une tournée dans toute la France jusqu’en juin 2025

Elle a fait des études de communication et remplissait des missions où elle ne comprenait rien. Elle a rongé son frein dans la presse féminine avant qu’une amie ne lui dise simplement : “fais TON truc.” Faire son truc lui garantit une liberté de parole. Récemment, elle a pris position contre la sortie d’un film de Jacques Doillon dans lequel elle joue l’un des rôles principaux. Faire son truc, quand on la voit sur scène, on se dit que “plus que les antidépresseurs, ce serait peut-être ça la solution”.

Nora Hamzawi dans L'Echappée le 15 mars 2024
Nora Hamzawi dans L’Echappée le 15 mars 2024

© Radio France – Rebecca Manzoni/France Inter

“CE2” de Jacques Doillon

Nora Hamzawi a participé au film CE2 de Jacques Doillon, dont la sortie a d’abord été annulée et puis reprogrammée. Elle s’est exprimée sur son compte Instagram, pour dire qu’elle est opposée à la sortie du film. Finalement, le film ne sortira pas.

L’humoriste s’explique : « Le film a été tourné il y a quatre ou cinq ans, mais il est bloqué pour des raisons de désaccord avec la production sur le montage, je crois. Tout le monde avait un peu fait le deuil de ce film. J’y jouais la mère qui protège son enfant harcelé, un sujet qui m’intéresse et me touche. Et là, j’apprends que le film va sortir au moment où il y a toutes ces accusations de harcèlement, de violence et de viol. Donc il y a un gouffre. La question ne se pose même pas pour moi. Il est en train de se passer quelque chose d’important concernant la libération de la parole sur des faits de violences sur mineurs dans le milieu du cinéma. Sortir le film maintenant, c’est vraiment un manque de respect. Je ne soutiens pas cette décision qui me semble être un mépris vis-à-vis de la parole des femmes.

Ensuite, j’ai reçu un nombre de messages qui saluaient mon courage. Et ça me trouble. Et je me dis que si on parle de courage, c’est bien qu’il y a une peur quelque part. Peut-être aussi, que je m’autorise à avoir cette liberté, parce que je ne dépends pas de cette industrie-là. Peut-être que parce que je fais du stand-up et que je n’ai pas peur d’être blacklistée. Et je ne tourne pas tant que ça, donc ce n’est même pas le sujet. Surtout, à un moment, on va arrêter de penser à soi. La parole des femmes des victimes est toujours atténuée par : « Oui, mais elle est montée chez lui. » « Oui, mais elle aussi elle est un peu folle »… Donc si j’avais soutenu la sortie de ce film, alors que je n’avais pas eu d’expérience douloureuse, on aurait pu me rétorquer de ne pas faire trop de bruit parce que moi, ça va. Mais il ne s’agit pas de moi, il s’agit de dire, à un moment, il se passe quelque chose, ce serait bien qu’on soit à l’écoute.

Puis, il y a eu ce commentaire de Dominique Besnehard aussi drôle que grotesque qui dit que je ne suis pas bonne dans le film. Mais je ne suis pas en train de parler de médaille, ni de quémander une gommette. On parle de violence, donc on n’en a rien à faire que je sois bonne dans le film. Et ensuite, cela sous-entend que si on parle, on va avoir mauvaise réputation. Il s’est excusé, pas publiquement, mais par voie d’agent. »

Un sens familial inconscient de la mise en scène

Comment le théâtre, la scène, lui est-il venu ? Nora Hamzawi explique : « Ça paraît toujours un peu violent, mais malgré tout l’amour que je porte à ma famille, rien ne m’a été transmis. Moi, je ne connais pas mon père et sais très peu de choses sur mes origines. Ma mère était veuve avec quatre enfants, on n’a pas eu tellement de transmission, de mémoire. C’était plutôt table rase du passé, et “on y va, on avance”. On ne m’a jamais conseillé d’aller voir des expos. Je l’ai découvert grâce à l’école. Mais il y avait un certain goût de la mise en scène, complètement inconscient : la mise en scène familiale, narcissique et égocentrique. La chance, si on doit tirer une chance parfois des drames ou des histoires, ou des enfances un peu chargées, c’est de regarder la situation de haut et de dire que cette chose un peu zinzin, mérite d’être vue, transformée et racontée autrement. »

Le costume, le chignon, les lunettes, le tee-shirt, le jean, les baskets et le débit rapide

Une tenue de scène très confortable ! Nora Hamzawi : « J’ai décidé de faire mon premier spectacle, connu du public, il y a peut-être dix ans ou douze ans. J’ai quitté mon boulot et j’ai réfléchi au personnage. Je l’ai pensé un peu comme un dessin, une BD ou un cartoon. Comme à un speed dating, on a peu de temps pour identifier la personne. Le jean et le tee-shirt blanc sont mes préférés et sont venus très vite et les lunettes, c’est au début parce que je ne voulais pas voir les gens, ce qui n’est plus le cas, et aussi parce que je n’aime pas jouer avec les lentilles. Le chignon est arrivé parce que je transpire énormément sur scène. Mais dans mon dernier spectacle, je les lâche. Globalement, je mets des choses qui me permettent de ne pas avoir trop conscience de moi-même. Pour le débit rapide, c’est le trac ou le stress, mais c’est devenu ma marque de fabrique.»

La suite est à écouter…

Programmation musicale

  • FLAVIEN BERGER – Sapon
  • LANA DEL REY – Blue Skies



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