Christine Angot bouleversante dans “La grande librairie”


L’écrivaine, dont le film “Une famille” sort le 20 mars, était l’invitée de l’émission littéraire de France 5 ce mercredi. Une fois de plus, elle y parle de l’inceste et de ses ravages. Un moment extrêmement fort.

Christine Angot, à Paris le 6 mars.

Christine Angot, à Paris le 6 mars. Photo Laura Stevens pour Télérama

Par Valérie Lehoux

Publié le 13 mars 2024 à 16h35

Mis à jour le 14 mars 2024 à 12h26

La séquence est exceptionnellement forte, de douleur et de dignité. Christine Angot, qui depuis vingt-cinq ans, avec une impressionnante détermination, nous dit, expose et explique l’inceste à travers sa littératureet sa présence médiatique –, accepte d’en parler une fois de plus à un journaliste, en l’occurrence Augustin Trapenard. Et se voit submergée par une émotion qu’elle ne cherche pas à cacher. Ne serait-ce que pour ça, ce moment de vérité brute qui n’a rien d’indécent mais qui dit, au-delà même des mots, les redoutables mécanismes de domination et de dévastation de l’inceste, La grande librairie de ce 13 mars restera une émission hors norme, parmi toutes celles qui auront, un jour ou l’autre, essayé d’aborder le sujet.

Si Christine Angot en est l’une des invitées, c’est à l’occasion de son film documentaire Une famille, qui sortira sur les écrans le 20 mars (1). Son entretien, mené par un Trapenard qui connaît bien son œuvre et fait montre, une fois de plus, d’une impeccable qualité d’écoute, a été enregistré à Paris la semaine passée. Au gré d’une déambulation au bord de la Seine, Christine Angot y évoque sans détour ce qu’elle n’a jamais dit dans ses livres : la honte qui l’a étreinte, dès le premier acte incestueux, son père qui l’embrasse sur la bouche alors qu’elle a 13 ans. Puis la honte de ne pas en parler à sa mère. Puis la honte, encore, qui suit et s’insinue partout, quand, par exemple, « vous rentrez après les vacances, et que vous racontez à votre copine de classe que vous avez un père génial et que c’était des vacances formidables ». Et cette honte qui se fait salissure, impossible à détacher, même quand on parvient à mettre des mots sur l’innommable, et à faire littérature. Et qui nourrit le saisissement, le questionnement surgissant sans qu’on le convoque, même cinquante ans plus tard : « Tout d’un coup, je me dis : t’as pas vécu ça ? » Christine Angot dit sa peine, impossible à éteindre, et c’est plus que bouleversant. C’est un pas de plus sur le chemin qu’elle trace vaillamment, inlassablement, pour tenter de nous dessiller sur ce qu’on a si longtemps refusé de voir, les ravages destructeurs de l’inceste.

La grande librairie, sur France 5 à 21 heures, avec également Delphine Horvilleur et Dominique Eddé.



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