Européennes 2024 : pour son premier meeting, Valérie Hayer tente d’installer son duel avec le RN


Ils étaient tous là, il fallait au moins ça. Gérald Darmanin, Christophe Béchu, Yaël Braun-Pivet… à la demande du Président de la République, tout le camp présidentiel, s’est déplacé pour soutenir, Valérie Hayer, la fraîchement désignée tête de liste de Renaissance aux élections européennes après des mois d’atermoiements. 29 ministres, des élus des deux chambres, le président du modem, François Bayrou, les anciens premiers ministres Édouard Philippe et Élisabeth Borne ou encore Olivier Dussopt débarqué du nouveau gouvernement, tous les soutiens d’Emmanuel Macron ont répondu présent.

« Valérie, Valérie » scandent les militants avant l’entrée en scène de celle qu’ils ne connaissaient peut-être pas il y a encore quelques semaines. Un engouement qui contraste avec la monotonie de la campagne et tente de faire effacer le peu de dynamique politique actuel autour du camp présidentiel.

Au lendemain de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l’occasion était trop belle pour le camp présidentiel de tenter de se présenter en fervent défenseur de l’égalité des sexes… « Simone Veil est mon modèle », annonce fièrement, la candidate dans son clip de campagne. Une filiation reprise au cours de son discours « celle a qui j’ai fièrement et humblement succédé. Quelle fierté pour moi, pour nous toutes », pendant qu’une photo de Simone Veil, ancienne présidente du groupe libéral au parlement européen, est projetée sur l’écran géant. « J’ai entendu dire que je serais un choix par défaut. J’ose espérer qu’on ne dit pas parce que je suis une femme. Parce que je vous le dis, j’entends fièrement tenir ma place ». Surfant sur l’inscription de l’IVG dans la constitution française, l’actuelle présidente du groupe « renew Europe « au parlement européen a également annoncé vouloir faire de même dans la Charte européenne des droits fondamentaux.

12 points d’écart avec Jordan Bardella, tête de liste RN, dans les sondages

Les discours des différents leaders de la majorité font la part belle à la défense de l’Ukraine, tout en esquivant soigneusement le registre des propositions. « Nous avons besoin d’un sursaut. Ces élections européennes sont les plus importantes de notre histoire a affirmé Valérie Hayer, durant cette campagne, nous serons les seuls à défendre l’Europe », dans une dramatisation qui sous-tend la dualité simpliste « pour ou contre l’Europe » avant d’évoquer la mort de l’opposant russe Alexeï Navalny. François Bayrou, a quant à lui pris à partie les pacifistes. « Nous avons un message pour les pacifistes, ceux qui disent « nous soutenons l’Ukraine mais ». Je me mets à la place de Poutine, quand il entend une phrase de cet ordre, il entend le mais. Dire je soutiens mais, ça veut dire que tu ne soutiens pas ». Voilà la paix réduite à une complicité, le début d’un programme…

Mais l’enjeu du soir était aussi de construire une stature à la « nobody » fraîchement nommée, en s’écartant le plus possible du procès en élitisme qui colle à la peau de la Macronie. Fille d’agriculteurs de Mayenne, en plein conflit paysan, elle était la candidate (presque) parfaite : « j’ai mouillé la chemise, je ne suis pas une héritière » insiste celle qui veut s’ériger en anti Amélie Oudéa-Castéra. « Mon parcours et mes origines me l’ont appris : croire en l’Europe n’est pas un luxe réservé à une élite ». Un pont avec les propos du premier ministre Gabriel Attal, qui juste avant elle, évoquait déjà les classes moyennes et populaires à propos du vote RN : « Ne tombez pas dans le piège ». La nouvelle tête de liste et le premier ministre tenteraient-ils s’ériger en défenseur des classes moyennes et populaires pourtant première victime de leur politique depuis 7 ans ?

Les 12 points d’écart avec Jordan Bardella, tête de liste RN, dans les sondages, ne sont sans doute pas pour rien dans ce soudain intérêt. Comme Emmanuel Macron s’évertue à le faire depuis des années, l’enjeu des européennes pour la macronie est de réduire le scrutin à une alternative entre Macronie et RN.

La guerre déclarée au RN, la gauche invisibilisée

« Ils ont toujours dit non à l’Europe. La seule différence maintenant, c’est qu’ils le cachent un peu et que le non s’est transformé en niet », a lancé le Premier ministre, après avoir accusé le RN de proximité avec Vladimir Poutine. « Face à nous se lèvent Les rentiers de la peur. Je parle bien de bilan. Le bilan du clan Le Pen c’est 40 ans de Parlement européen, 40 de fantômes dans les couloirs de Bruxelles et de Strasbourg », puis de lister les votes compromettant du Rassemblement National. « C’est quelques signatures sur les registres de présence pour toucher les indemnités, quelques interventions pour meubler sur les réseaux sociaux », a encore taclé le premier ministre.

« Ne laissons pas les sondages décider pour nous » a ainsi encouragé Stéphane Séjourné dans une courte allocution projetée en grand écran. Tour à tour, presque tous ont fustigé les volontés de Frexit du RN, leur absentéisme au parlement européen, le soutien à Vladimir Poutine…

Pour Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et ancien maire de Tourcoing, le RN prend « les gens du Nord, les gens du peuple pour un zoo électoral ». Édouard Philippe a quant à lui préféré citer Churchill pour critiquer ceux qui nourrissent « un crocodile » en espérant être les derniers « à être mangés ». Formule ciselée qui s’applique à merveille… à Emmanuel Macron.

« Du Frexit affiché au Frexit déguisé, qui comprend encore ce que nous raconte l’extrême droite ? » interroge Valérie Hayer. En jouant le duel avec le Rassemblement national, le camp présidentiel se présente comme seule alternative à Jordan Bardella, occultant la gauche, jusqu’à s’ériger en grands défenseurs de l’environnement. « Le Pacte vert, c’est nous ! Préserver la PAC pour nos agriculteurs, on l’a fait », « Mon engagement, c’est celui d’une femme. D’une femme qui a grandi dans la ferme de ses parents. Qui sait, pour l’avoir vu de près, ce que l’Europe apporte à nos agriculteurs « a osé celle qui votait le 29 février au Parlement européen un accord de libre-échange avec le Kenya et le Chili vivement critiqué.
Des contradictions qui n’ont pourtant pas l’air de refroidir les fidèles soutiens de la macronie : « Le 100 % de pureté n’existe pas, mais je regarde globalement et je suis satisfait. Et en plus c’est une femme, au lendemain du 8 mars, on manque de femme pertinente c’est une bonne chose », confie un adhérent du mouvement. Presque un aveu des faiblesses actuelles d’un camp présidentiel relégué au rang d’outsider.



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