Transformation physique, alcoolisme, biopic… Quelle est la recette du “rôle à Oscar”?


A l’occasion de la 96e cérémonie des Oscars, retour sur les principales caractéristiques des rôles qui ont été récompensés lors de la grand-messe du cinéma.

Prendre 30 kilos, passer 6 heures au maquillage, jouer un malade… Est-ce là la garantie pour remporter un Oscar? Non, même si les rôles qui impliquent des transformations physiques impressionnantes et exigent un investissement total emballent souvent l’Académie des Oscars. Au point que l’on peut parler d'”un rôle à Oscar”, pour désigner ces prestations souvent très démonstratives de comédiens et de comédiennes qui cherchent à décrocher la récompense suprême de l’industrie cinématographique.

La 96e cérémonie des Oscars devrait être marquée ce dimanche par le triomphe d’Oppenheimer et de l’interprétation très sobre de Cillian Murphy dans le biopic du père de la bombe atomique. Revenons à cette occasion sur ce qui caractérise les rôles qui ont été récompensés depuis la création des Oscars dans les années 1920.

• Transformation physique

C’est toujours la méthode la plus efficace pour décrocher le précieux sésame. L’année dernière, Brendan Fraser a remporté tous les suffrages avec sa prestation d’homme atteint d’obésité morbide dans The Whale. Aidé par du maquillage, des prothèses et des effets spéciaux, le comédien porte un impressionnant costume lui donnant l’apparence d’un homme en surpoids – qui lui a permis d’émouvoir les votants.

Cette stratégie s’avère le plus souvent payante – surtout pour les figures historiques. Plus l’acteur est méconnaissable, plus ses chances de l’emporter sont grandes. Transformé en Winston Churchill par le maquilleur prothésiste star Kazu Hiro, Gary Oldman a reçu l’Oscar en 2017 pour sa mémorable interprétation du Premier ministre anglais dans Les Heures sombres.

Dans The Hours, Nicole Kidman était apparue affublée d’un faux nez pour incarner la romancière Virginia Woolf. Sa décision de s’enlaidir pour un rôle avait beaucoup marqué les esprits et elle avait emporté l’Oscar en 2003. Marlon Brando a, lui, décroché son deuxième Oscar en 1975 pour son rôle de Vito Corleone dans Le Parrain grâce notamment à un appareil dentaire spécial déformant son visage.

Mais cette stratégie n’est pas toujours payante. Cette année, Bradley Cooper et sa prothèse nasale controversée pour Maestro, son biopic de Leonard Bernstein, devraient s’incliner face à Cillian Murphy. Son jeu tout en intériorité dans Oppenheimer de Christopher Nolan, le grand favori de la soirée, a fait forte impression. Et il a raflé tous les prix importants, des Golden Globes aux Bafta.

Se transformer physiquement pour un rôle en perdant ou gagnant réellement du poids favorise aussi ses chances de repartir avec une statuette. Parmi les exemples les plus célèbres figurent Robert De Niro (Raging Bull), Tom Hanks (Philadelphia), Charlize Theron (Monster), Matthew McConaughey (Dallas Buyers Club) ou Joaquin Phoenix (Joker). Spécialiste du genre, Christian Bale a décroché l’Oscar du meilleur second rôle pour The Fighter. Un film pour lequel il a perdu 20 kilos.

• Maladie, handicap ou troubles mentaux

Beaucoup remportent leur Oscar en incarnant des personnages atteints de maladies graves ou de troubles mentaux ou en situation de handicap – ce dont s’était moqué Ben Stiller dans sa délirante comédie Tonnerres sous les tropiques en 2007. Des rôles qui demandent un engagement total et donnent l’impression que pour l’Académie des Oscars le meilleur acteur est celui dont l’interprétation est la plus démonstrative.

Dustin Hoffman a décroché un de ses Oscars avec Rain Man, où il incarne un personnage atteint de troubles autistiques. Et Tom Hanks l’a obtenu deux années consécutives pour Philadelphie et Forrest Gump. Dans le premier, le comédien incarne un avocat atteint du sida. Pour les besoins du rôle, Tom Hanks a perdu jusqu’à 11 kilos au fur et à mesure du tournage pour suivre la progression de la maladie du personnage.

L’Académie des Oscars a toujours été sensible à ces prestations: en 1969, Cliff Robertson a reçu la statuette du meilleur acteur grâce à son rôle de handicapé mental développant des facultés intellectuelles dans le film de SF Charly. Dans les années 1990, Geoffrey Rush a été sacré meilleur acteur pour Shine (1997) où il joue un pianiste dont la carrière est stoppée par ses graves troubles psychiques.

On ne compte plus les rôles oscarisés impliquant des maladies ou des handicaps physiques. Daniel Day-Lewis a reçu son premier Oscar en 1990 pour My Left Foot. Un film inspiré par l’histoire du peintre Christy Brown. Atteint de paralysie spasmodique, il arrive seulement à contrôler son pied gauche pour peindre. Eddie Redmayne a décroché l’Oscar en 2015 pour Une merveilleuse histoire du temps, où il incarne Stephen Hawkins, physicien atteint d’une maladie neurodégénérative.

Nommé pour les mythiques Serpico (1973), Le Parrain 2 (1975), Un après-midi de chien (1975), Al Pacino n’a été récompensé que pour un mélodrame mineur, Le Temps d’un week-end (1992), où il incarne un vétéran militaire aveugle. Salué une première fois pour Le Silence des agneaux, Anthony Hopkins a décroché en 2021 sa deuxième statuette pour The Father, dans lequel il est bouleversant en malade d’Alzheimer. Julianne Moore a décroché la sienne en 2015 pour un rôle similaire dans le drame Still Alice.

• Alcoolisme et dépression

Une autre typologie de rôles à Oscars existe depuis la création de ces récompenses à la fin des années 1920 à Los Angeles: les personnages souffrant d’alcoolisme ou de dépression, les deux allant souvent de pair au cinéma. Dès 1932, l’Académie récompense le colosse Wallace Beery pour son rôle de boxeur alcoolique essayant de redonner un sens à sa vie dans Le Champion de King Vidor.

Robert Duvall, Nicolas Cage et Jeff Bridges ont décroché leur Oscar pour des rôles similaires dans Tendre bonheur en 1984, Leaving Las Vegas en 1996 et Crazy Heart en 2010. On pourrait aussi citer Humphrey Bogart (L’Odyssée de l’African Queen en 1952) et Lee Marvin (Cat Ballou en 1966), tous les deux récompensés pour des rôles mémorables d’alcooliques.

Les récits mettant en scène des épisodes dépressifs permettent souvent à leur interprète de remporter la précieuse statuette. Citons notamment Kevin Spacey dans American Beauty (2000) ou plus récemment Natalie Portman dans Black Swan (2011), Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy (2013), Cate Blanchett dans Blue Jasmine (2014) et Casey Affleck dans Manchester by the Sea (2017).

• Les rôles dans un biopic

Preuve que le comédien ou la comédienne s’est particulièrement investi dans son jeu, le biopic est par excellence le genre le plus oscarisable. Offrant la possibilité de se grimer complètement, il met le plus souvent en scène des individus tourmentés. Maladie et handicap, ainsi qu’alcoolisme et dépression, sont quelques-uns des passages obligés de ces biographies édifiantes prisées par Hollywood depuis un siècle.

Côté homme, l’Académie des Oscars a salué Paul Muni en Louis Pasteur (1937), George C. Scott en Patton (1971), Ben Kingsley en Gandhi (1983), Jamie Foxx en Ray Charles (2005), Forest Whitaker en Idi Amin Dada (2007) ou encore Rami Malek en Freddy Mercury (2019). Chez les femmes, ont été primées Helen Mirren en Elizabeth II (2007), Marion Cotillard en Edith Piaf (2008) et Renée Zellweger en Judy Garland (2020).

• Les rôles de salauds

Les Oscars adorent récompenser les rôles de méchants ou de salauds. Rod Steiger a décroché sa statuette en 1968 pour son rôle de policier raciste dans le brûlot Dans la chaleur de la nuit. Même chose pour Gene Hackman et Denzel Washington, salués respectivement en 1972 et 2002 pour avoir joué des policiers aux méthodes expéditives dans French Connection et Training Day.

Cela se vérifie aussi chez les actrices. Louise Fletcher l’a obtenu pour son inoubliable interprétation de l’autoritaire infirmière Ratched dans Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), le classique de Milos Forman. Faye Dunaway l’a décroché quant à elle pour son rôle d’impitoyable et cynique directrice des programmes dans Network de Sidney Lumet en 1977.

Anthony Hopkins a enfin été sacré meilleur acteur pour sa diabolique prestation dans Le Silence des agneaux en 1992. Un rôle bref (il n’apparaît que 16 minutes à l’écran) avec lequel il a coiffé au poteau un autre méchant marquant de l’histoire du cinéma: le terrifiant Max Cady incarné par Robert De Niro dans Les Nerfs à vif. On pourrait aussi citer Kathy Bates dans Misery ou Daniel Day-Lewis dans There Will Be Blood.

A l’inverse, les rôles d’hommes bourrus au grand cœur sont aussi très prisés aux Oscars. C’est ainsi que John Wayne, l’éternel valeureux cow-boy du cinéma américain, a décroché son Oscar avec Cent Dollars pour un shérif en 1970. Tout comme Henry Fonda qui a reçu son Oscar quelques mois avant sa mort pour La Maison du lac (1981) et 40 ans après avoir été nommé une première fois pour Les Raisins de la colère.



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