Gérald Darmanin promet « la fin du droit du sol à Mayotte » par le biais d’une réforme constitutionnelle


Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et la ministre déléguée aux outre-mer, Marie Guevenoux, le 9 février à Paris.

Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé dimanche 11 février « la fin du droit du sol à Mayotte », « en réponse à la question migratoire » dans ce département français de l’océan Indien. « Nous allons prendre une décision radicale qui est l’inscription de la fin du droit du sol à Mayotte dans une révision constitutionnelle », a-t-il déclaré à son arrivée, dimanche matin, dans l’archipel, paralysé depuis trois semaines par des barrages routiers de collectifs citoyens pour protester contre l’insécurité et l’immigration incontrôlée.

Cela signifie « qu’il ne sera plus possible de devenir Français si on n’est pas soi-même enfant de parents français », a-t-il détaillé, assurant que cela « coupera l’attractivité » que peut avoir Mayotte, confronté à une forte immigration venue notamment des Comores voisines. « Il ne sera plus possible (…) de mettre un enfant au monde ici et d’espérer devenir français de cette façon », a-t-il développé, évoquant « une mesure extrêmement forte ».

Département le plus pauvre de France, Mayotte est peuplé de 310 000 habitants, selon l’Insee – beaucoup plus, selon la chambre régionale des comptes – dont 48 % d’immigrés comoriens ou d’autres pays d’Afrique.

« L’autorité de l’Etat [à Mayotte] va se mesurer non pas simplement en nombre de policiers et gendarmes supplémentaires, mais au changement de droit, sans doute très profond, qu’il faut pour empêcher la venue de ces personnes », avait déclaré M. Darmanin, le 1er février, lors d’un colloque sur les outre-mer, à Paris. A l’hôpital de Mamoudzou, avait-il souligné, « 90 % des naissances ne sont pas des naissances de Mahorais ». Avant d’évoquer « les femmes qui accouchent quasiment dans les kwassa » – ces canots par lesquels les ressortissants des îles comoriennes se rendent de façon irrégulière sur l’archipel français.

« Un prochain changement constitutionnel » est donc envisagé, inscrit dans le calendrier pour 2024, avait dit M. Darmanin. « Il faudra changer, dans la Constitution, les règles du droit du sol et l’accès à la nationalité si on veut radicalement changer les choses à Mayotte », avait-il encore assuré.

« Mettre fin au visa territorialisé »

M. Darmanin a précisé dimanche que la suppression du droit du sol à Mayotte permettra de « mettre fin au visa territorialisé », un dispositif qui empêche les détenteurs d’un titre de séjour à Mayotte de venir dans l’Hexagone et dont la suppression est une des revendications des collectifs citoyens. « Puisque nous aurons beaucoup moins de titres de séjour et que nous n’aurons plus la possibilité d’être français lorsque l’on vient à Mayotte, les visas territorialisés n’[auront] plus lieu d’être », a affirmé le ministre.

Selon M. Darmanin, la suppression des titres de séjour territorialisés doit être actée dans un projet de loi sur Mayotte – annoncé de longue date et confirmé le 30 janvier par le premier ministre, Gabriel Attal – qui sera étudié à l’Assemblée nationale « dans les semaines qui viennent ».

M. Darmanin et la nouvelle ministre déléguée aux outre-mer, Marie Guévenoux, devaient visiter dimanche à Mamoudzou le stade de Cavani, où l’installation de migrants venus de l’Afrique des Grands lacs cristallise les tensions. Plusieurs centaines de Mahorais attendaient dans le chef-lieu l’arrivée des ministres, accueillis par des huées. Leur cortège s’est aussitôt rendu à la préfecture, pendant que des échauffourées éclataient entre des manifestants qui tentaient de les suivre et les forces de l’ordre.

Une opération « Wuambushu 2 »

Dans le cadre de l’opération « Wuambushu » (« reprise », en mahorais) lancée au printemps 2023, des centaines de policiers et de gendarmes supplémentaires avaient été déployés à Mayotte pour tarir le flux d’arrivées de migrants et combattre la délinquance et l’habitat insalubre.

Newsletter

« Politique »

Chaque semaine, « Le Monde » analyse pour vous les enjeux de l’actualité politique

S’inscrire

Nombre d’habitants ont jugé ses résultats décevants. Fin 2023, des affrontements violents entre bandes de jeunes de villages rivaux avaient notamment fait trois morts.

Avant l’arrivée de M. Darmanin à Mayotte, le ministère de l’intérieur a annoncé la préparation d’une « nouvelle opération d’ampleur contre la délinquance et l’immigration illégale », déjà baptisée opération « Wuambushu 2 ».

Lire aussi le décryptage : Article réservé à nos abonnés Le bilan contrasté de l’opération « Wuambushu » à Mayotte

Le Monde avec AFP



Source link

Leave a Comment