Qui est Clara Ysé, chanteuse en lice pour les Victoires de la musique et bientôt en concert à Hyères?


Quand on écrit pour la presse régionale, on a l’habitude de demander aux artistes de passage s’ils entretiennent un lien particulier avec la région. Souvent l’occasion pour eux d’évoquer un pan-bagnat huileux croqué sur une plage ou d’autres réjouissances estivales du même acabit.

Pour Clara Ysé, l’air du Sud a longtemps eu ce parfum d’insouciance. Mais en 2017, sa mère, la psychanalyste et philosophe Anne Dufourmantelle, est morte d’une crise cardiaque après avoir tenté de sauver deux enfants de la noyade, au large d’une plage de Ramatuelle, non loin de la bâtisse où elle avait passé tant d’étés.

Également romancière (Grasset a publié son premier roman, “Mise à feu”, en 2021), Clara Ysé évoque ce paradis perdu dans “La Maison”. “À l’entrée de la maison/Je suis aux abois/Je vois tous les oliviers/Il ne manque que toi”, disent les paroles, qu’elle déclame avec un timbre évoquant Barbara.

Le goût des expérimentations

La trentenaire, que l’on a rencontrée juste avant son concert au Midem +, à Cannes, le 26 janvier dernier, assure que la musique lui a souvent permis de ne pas sombrer. Déjà remarquée en 2019 avec l’EP “Le monde s’est dédoublé”, elle a franchi un grand pas avec “Oceano Nox”. Le titre de ce premier album, sorti en septembre dernier, évoque un vers de Virgile dans “L’Énéide”: “Et ruit Oceano Nox / Et la nuit s’élance de l’océan”.

Chez l’ancienne étudiante en philosophie, à la formation musicale classique, les références se croisent, s’entrechoquent, sans crainte de la faute de goût. “Le bon goût, c’est quand ça me fait vibrer”, s’amuse Clara Ysé, les jambes repliées sur le canapé de sa loge cannoise.

Dans ses playlists, Barbara cohabite avec Maria Callas et Janis Joplin, autant qu’avec des chants grégoriens, la popstar Rosalia, la rappeuse Meryl ou ses alter ego masculins PNL et Dinos. “J’ai un rapport un peu expérimental à la musique. Quand tout est un peu trop figé, j’ai tendance à vite m’ennuyer.”

Depuis l’âge de 18 ans, Clara Ysé organise d’immenses bœufs dans son salon. “Il doit faire dix mètres carrés, mais on s’est déjà retrouvés à quarante là-dedans, à jouer jusqu’à sept heures du matin, avec des gens aux registres très différents.”

Voyages sonores

Quand elle voyage avec des amis, l’exploration passe presque toujours par la découverte de nouveaux répertoires. “C’est comme ça que je suis devenue fan du rebetiko [un genre musical des bas-fonds grecs ayant émergé au début du XXe siècle, Ndlr], par exemple. Avec mes potes, on allait jouer un peu partout, dans des endroits super roots”, se remémore la valeur montante de la chanson française.

“Quand il a fallu aller en studio, beaucoup de ces moments ont ressurgi. C’est comme ça qu’on peut avoir l’idée de mélanger du duduk [une flûte utilisée dans la musique arménienne, Ndlr] à de la guitare électrique.”

La scène, entre intimité et chevaux lâchés

Dans ses concerts, les morceaux introspectifs, en piano-voix, s’intercalent entre deux airs plus enjoués, dans la lignée des sessions d’enregistrement avec Sage, co-réalisateur de son album et arrangeur très demandé, ayant œuvré sur les projets de Clara Luciani, Raphaël ou encore Albin de la Simone.

“Dans les productions, j’avais très envie d’un équilibre entre certaines chansons très dépouillées et d’autres qui auraient un truc plus large, entraînant. Je voulais aussi mélanger les chœurs, les cordes et les cuivres à des textures plus contemporaines, des rythmiques électro, des synthés, confirme Clara Ysé. Sur scène, c’est souvent très émouvant de lâcher les chevaux et de revenir à quelque chose de plus nu, où tu es plus fragile. Cela donne un moment où on s’apprivoise un peu différemment avec le public.”

> Clara Ysé en concert le 15 mars au Théâtre Denis, à Hyères. Complet.

L’écho inattendu de sa chanson “Douce”

Ce vendredi soir aux Victoires de la musique, dans la catégorie “chanson originale”, Clara Ysé sera en compétition avec “Douce”.

Face à elle, SDM (“Bolide allemand”), Pierre de Maere (“Enfant de”), Zaho de Sagazan (“La Symphonie des éclairs”) et Louane (“Secret”).

La Parisienne avoue être “surprise et touchée” d’être nommée pour ce morceau. “C’est peut-être la plus radicale de mon album. Normalement, pour cette catégorie, on pense plutôt à des titres qui sont énormément passés à la radio.”

Clara Ysé voit son texte comme “une réconciliation avec la douceur, avec laquelle [elle entretenait] un rapport compliqué”. “En tant que femme, dans cette société, on a souvent une injonction à la douceur qui est très éloignée de la douceur réelle. C’est une façon de rassurer l’entourage, lâcher parfois sur son désir pour ne pas faire trop de vagues. Quand on accepte que la douceur peut cohabiter avec d’autres émotions plus troubles, comme la colère ou l’indignation, on peut finir par la trouver forte et belle.”



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