Partir de soi pour parler aux autres


Zaho de Sagazan poste sa première vidéo sur Instagram il y a 9 ans. Elle a 15 ans à l’époque, les cheveux longs, les joues rondes. Il y a une fenêtre derrière elle, un piano sous ses doigts, elle ferme les yeux et chante aussi fort qu’elle peut. La chanteuse a utilisé ce réseau comme un terrain de jeu. “Je ne me suis pas filmée pour m’exposer, je me suis filmée pour me voir, pour me regarder, pour m’entendre.” En parcourant ses publications comme on remonte le temps, on se dit que très tôt, elle s’était fixée le cap suivant : “le meilleur moyen pour être bon, c’est de faire”.

Alors Zaho de Sagazan essaye des trucs, trouve, se plante. Et pas à pas, elle se construit son univers, sa voix, à l’articulation nette. D’une chanson à l’autre elle vous enveloppe ou vous toise avec des chansons spirales, belles et inquiétantes. Elles sont réunies dans un premier album sorti il y a un peu plus d’un an, La Symphonie des Éclairs. Elle est nommée aux Victoires de la musique 2024 dans cinq catégories, dont celle de la révélation féminine et du meilleur album de l’année.

Musicaline

3 min

L’apprentissage du studio

Rebecca Manzoni retrouve Zaho de Sagazan à Nantes. Arrivée à la gare, prendre le bus n°5 pour le boulevard Léon Bureau, où la chanteuse l’attend à Trempeau, dans son studio sur l’île de Nantes. Un studio où sont aussi Pierre Cheguillaume et Alexis Delon, les producteurs de l’album. “Moi, je fais les mélodies, je compose, eux ont amené toute cette technique-là de la musique électronique que je n’ai pas“. Les débuts ont été un peu compliqués, pour trouver les bons termes, pour se comprendre, “maintenant, on fait beaucoup de musique et c’est beaucoup plus simple“. La chanteuse avoue être incapable désormais de travailler en studio quelqu’un d’autre.

Cette collaboration lui a beaucoup appris, elle qui fait de sa passion son métier, ou l’inverse. Elle confie avoir eu la chance de ne pas avoir eu à galérer des années avant que ça marche, elle qui a commencé la musique chez ses parents, sur un piano désaccordé.

Zaho de sagazan
Zaho de sagazan

© Radio France – Rebecca Manzoni

Se filmer d’abord pour s’amuser, puis s’améliorer

Zaho de Sagazan se filmait pour les réseaux comme elle aurait pu s’enregistrer, le but n’était pas tant de se filmer que de tester des choses. Appuyer sur Play, improviser,  et voir ce qui se passe, “et des fois, je me disais, ça, c’est bien, c’est intéressant. Mais au départ, ce n’était pas du tout pour le montrer au monde.” Elle comprend et apprend par ces jeux et cet exercice, la respiration, l’articulation, quitte à se planter comme sur l’une de ses premières vidéos où elle donne tout, mais finit sur une fausse note. Pour autant, les retours sont positifs, exposer le travail en cours en vaut la peine.

Il s’agit peut-être là d’un effet de génération, les jeunes artistes n’hésitent pas à partager ce qu’ils font, et ainsi démystifier leur art, au contraire de leurs aînés lorsque “on ne voyait pas l’art se faire, on voyait l’art fait.“. De nouveau, être sur les réseaux sociaux n’a pas un but de mise en lumière mais de jeu et, pourquoi pas, d’inspiration pour d’autres.

Dans la playlist de France Inter

5 min

Réussir à écrire “Mon corps”

La chanson lui permet aujourd’hui de pouvoir oser parler d’elle, comme dans “Mon corps”, où elle “cherche à s’éloigner de cette envie d’être belle, parce que j’étais obsédé par l’idée que c’était tellement important d’être belle“. Elle se rend alors compte que ce n’est pas une chanson de body positive dans le sens où on est tous beaux, mais “c’est une chanson qui dit, on s’en fout d’être beaux, l’intérêt c’est pas le dehors, c’est le dedans“. Elle, dont le dedans souffrait parce qu’elle se focalisait trop sur les sensations de son corps en dehors.

Cette révélation est une libération pour Zaho de Sagazan : “Moi je suis devenue belle quand j’ai commencé à être sur scène, à danser, à arrêter de me regarder, et à… à faire bouger ce corps comme il faut, à effectivement l’habiller comme il faut, etc, peut-être. Mais en tout cas, à ne pas juste me dire ; il faut que je sois jolie.”

L’idée, avec ce texte et plus largement l’écriture, “c’est que les autres s’y retrouvent, aient l’impression qu’on a écrit à leur place. C’est de partir de soi pour parler aux autres. Le métier d’artiste, c’est ça.

Écoutez Zaho de Sagazan parler de l’écriture, de la chanson, sans oublier la jeunesse à Saint-Nazaire, au micro de Rebecca Manzoni.

Programmation musicale

  • Zaho de Sagazan, Ne te regarde pas
  • Tom Odell, Another Love
  • Zaho de Sagazan, Mon corps
  • Zaho de Sagazan, Aspiration

Musicaline

3 min





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