Corps, ses enjeux et ses discours (revue Literaport)


Appel à contributions pour le 11e numéro de la revue Literaport.

“Le corps, de ses enjeux et de ses discours”

La relation entre le logos et la vie constitue l’une des plus importantes marques de la littérature contemporaine : « […] le rapport au corps dans ce qu’il a […] de plus profondément inconscient, c’est-à-dire le schéma corporel […] est dépositaire de toute une vision du monde social, de toute une philosophie de la personne et du corps propre »[1]. La lecture de plusieurs textes littéraires de même que des études critiques prouve que le corps est une thématique majeure dans la création littéraire. Si celui-ci peut générer un discours dans le texte, il s’avère également en être le producteur. Cette double appartenance à l’ordre de l’objet et du sujet suppose une représentation diversifiée du corps (romanesque) dans la littérature française et francophone. Pour cette raison, semble-t-il, il conviendrait de cerner la place qu’occupe le corps, en cherchant à s’interroger d’abord sur le topos que constitue la chair dans l’écriture fictionnelle. En effet, le corps (avant tout féminin), en tant que territoire d’exploration et moyen d’expression, est bien un lieu où s’inscrivent les enjeux d’une société, d’une culture et d’une poétique. Car, comme l’a affirmé Sidonie-Gabrielle Colette : « Moi, c’est mon corps qui pense. […] Il ressent plus finement, plus complètement que mon cerveau. Quand mon corps pense… tout le reste se tait »[2].

Le fait qu’un(e) écrivain(e) s’exprime par la manière dont il compose son œuvre implique que la forme ne se réduit pas à la structure, mais elle est « une ligne de forces, une figure obsédante, une trame de présences ou d’échos, un réseau de convergences »[3]. En ce sens, le thème du corps est un sujet relevant de l’expérience vécue, un schèma morphologique et un moyen d’articulation, celui d’appréhender l’enfance. Le « corpus » est conjugué à tous les temps, celui de la jeunesse, de la maturité, de la vieillesse, ainsi que sous l’aspect du comportement, de la langue et notamment celui de l’interdit, des fantasmes. Chez Jacques Lacan, le corps, surtout sexuel, se réfère à tout ce qui est autre, étranger.

Partant du moi créateur qui se transforme dans et par l’œuvre, « corporéité imaginaire »[4], visant à l’acte de conscience qui se dévoile, la littérature accorde une grande importance à la corporéité, jusqu’à subvertir les codes littéraires, repousser les limites entre réalité et fiction, en reflétant des préoccupations situées au centre de la réflexion intellectuelle de l’époque contemporaine : dialectique de la présence et de l’absence, brouillage étudié de la chronologie, neutralité de la langue, développement des stratégies linguistiques qui font éclater la notion du cadre romanesque/théorique et du sujet dans la pratique scipturale.

C’est dans cette optique qu’il serait souhaitable d’en­visager le 11e numéro de la revue Literaport, consacrée à la corporéité qui peut revêtir plusieurs formes. La réflexion que nous souhaitons entamer sur l’écriture du corps, qu’elle définisse la position d’un sujet-corps dans la narration, permettra la découverte de plusieurs pistes intéressantes. Nous proposons de répondre aux questions suivantes : Quelle place occupe le corps dans le processus identitaire et dans la production littéraire ? Sur le plan thématique, comment le corps se manifeste-t-il dans les textes ? Quelles sont les représentations de la sexualité, du désir, de la transgression etc. ? Dans quelle mesure le corps joue-t-il un rôle dans la quête identitaire des personnages et/ou de l’auteur(e) ?

L’objectif poursuivi sera de montrer que la discussion sur le corps, la référence première de notre « être-au-monde »[5], implique une ouverture interdisciplinaire. En bref, nous viserons la possibilité de synthèse sur laquelle devrait déboucher toute interrogation profonde en sciences humaines, lorsqu’elle saisit le caractère véritablement dialogique, évolutif et créatif, de la culture. Pour cette raison, nous invitons les chercheurs à se pencher sur les modalités ainsi que sur les enjeux du corps délimitant les différents êtres humains, leurs cultures, récits et textes qu’ils produisent. Toutes les méthodologies appliquées, dans ce contexte, serviront comme un moyen d’explorer les diverses facettes de la signification de la corporéité qui ouvre à la recherche des voies multiples.

Les textes retenus par le Comité scientifique du volume seront publiés dans le courant de l’année académique 2019-2020. Nous attendons les contributions pour le 15 juin 2024. Les articles sont à envoyer à l’adresse suivante : literaport@uni.opole.pl

Plus d’informations et normes éditoriales…

Responsable : Anna Ledwina.

 —
[1] P. Bourdieu, La Distinction : Critique sociale du jugement, Minuit, Paris, 1979, p. 240.
[2] S.-G. Colette, La Retraite sentimentale, [in] eadem, Romans, Récits, Souvenirs en 3 volumes, Paris, 1989, p. 566.
[3] J. Rousset, Forme et signification, essai sur les structures littéraires de Corneille à Claudel, José Corti, Paris 1995, p. XII.
[4] C. Fintz, « Les imaginaires des corps dans la relation littéraire : Approche socio-imaginaire d’une corporéité partagée », Littérature n° 153, 1/2009, pp. 114-131.

[5] J.-P., Sartre, L’être et le néant, Gallimard, Paris, 1943.
 





Source link

Leave a Comment