Namibie : mort du président Hage Geingob, ancien militant contre l’apartheid et pour l’indépendance | TV5MONDE


Le président namibien Hage Geingob, figure de l’indépendance et ardent opposant au régime d’apartheid en Afrique du Sud, est mort dimanche 4 février à l’âge de 82 ans à l’hôpital où il était soigné pour un cancer.

Hage Geingob, élu président en 2014, est décédé à Windhoek, la capitale namibienne où il était hospitalisé après la découverte de cellules cancéreuses lors d’un bilan médical, selon la présidence.

Élu une première fois en 2014, Hage Geingob avait été réélu en 2019 président de la Namibie, pays semi-désertique d’Afrique australe, l’un des derniers États du continent à avoir accédé à l’indépendance en 1990.

En janvier, la présidence avait annoncé qu’un bilan médical de routine avait révélé la présence de “cellules cancéreuses” chez le chef de l’État et précisé qu’il allait suivre un “traitement approprié“, tout en conservant ses fonctions.

Hage Geingob avait déjà connu des problèmes de santé, y compris avant son arrivée au pouvoir. En 2013, il avait été opéré du cerveau. L’an dernier, il avait été opéré de l’aorte en Afrique du Sud voisine.

Militant pour l’indépendance

Né dans le nord de la Namibie en 1941, Hage Gottfried Geingob se lance dans le militantisme dès son plus jeune âge, réclamant la fin du régime d’apartheid de l’Afrique du Sud qui gouverne alors le territoire namibien, avant de s’exiler pendant près de trois décennies.

Aux États-Unis, il promeut ardemment l’indépendance de la Namibie et représente aux Nations unies et dans les Amériques le mouvement de libération locale, le SWAPO – l’actuel parti au pouvoir.

Au début des années 1970, il entame sa carrière en travaillant pour l’ONU sur les questions de gouvernance. 

(Re)voir : En Afrique du sud, le vague souvenir de l’apartheid [LeMémo]

Considéré comme centriste, le militant revient en Namibie en 1989, un an avant l’accession de son pays à l’indépendance et sa première nomination en tant que Premier ministre. 

Il reste en poste pendant 12 ans, un record de longévité en Namibie, avant de le devenir à nouveau en 2012.

Élu ensuite président en 2014 à la faveur d’un raz-de-marée électoral (87%), Hage  Geingob voit son premier mandat entaché par une récession, un taux de chômage élevé et des accusations d’agissements malhonnêtes. Il a été le premier président du pays n’appartenant pas au groupe ethnique Ovambo, qui représente plus de la moitié de la population du pays.

En 2019, des documents rendus publics par WikiLeaks laissent notamment entendre que des responsables gouvernementaux ont reçu des pots-de-vin d’une entreprise islandaise, qui souhaitait s’assurer l’accès aux ressources halieutiques de la Namibie.

Le scandale provoque une vague de démissions, de limogeages et de mises en examen impliquant politiciens, hommes d’affaires, avocats et hauts fonctionnaires.

Malgré la controverse, Hage Geingob remporte un deuxième mandat en 2019, recueillant toutefois moins de voix qu’auparavant (56%).

Il a récemment pris position en soutenant la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice. Il avait condamné la position de l’Allemagne, ancienne puissance coloniale de la Namibie, qui a rejeté les accusations de génocide de Pretoria à l’encontre de Tel Aviv.

Hommages des dirigeants africains

C’est avec la plus grande tristesse et regret que je vous informe que notre bien-aimé Docteur Hage G. Geingob, le président de la République de Namibie, est décédé aujourd’hui“,  a déclaré le nouveau chef de l’État par intérim, Nangolo Mbumba, jusqu’alors vice-président.

La nation namibienne a perdu un serviteur distingué du peuple, une icône de la lutte pour la libération, l’architecte en chef de notre Constitution et le pilier de notre maison namibienne“, a ajouté Nangolo Mbumba. “En ce moment de profonde tristesse, j’appelle la nation à rester calme et rassemblée“.

Le président Geingobétait un vétéran de la libération de la Namibie du colonialisme et de l’apartheid. Il a également eu une grande influence dans la solidarité manifestée par le peuple namibien envers le peuple sud-africain afin que nous puissions être libres aujourd’hui“, a souligné le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

Le président kényan William Ruto a salué sur X la mémoire d’un président qui “croyait en une Afrique unifiée et défendait fortement la voix et la visibilité du continent sur la scène mondiale“.

La présidente tanzanienne Samia Suluhu a rendu hommage à “un frère cher, un vénérable panafricaniste“, tandis que le président somalien Hassan Sheikh Mohamud évoquait “une voix respectée sur le continent africain“, et celui du Burundi, Evariste Ndayishimiye, “la grande perte d’un leader visionnaire“.



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