Classes prépas : le recteur de Paris démissionne, sur fond de désaccord avec Amélie Oudéa-Castéra


C’est un coup de théâtre dans l’Education nationale et un nouveau coup dur pour la ministre, Amélie Oudéa-Castéra, alors qu’une forte incertitude pèse sur son maintien à son poste , à l’occasion du remaniement attendu en début de semaine prochaine.

Le recteur de Paris, Christophe Kerrero, a annoncé sa démission, ce vendredi matin, dans une lettre adressée aux personnels de l’académie, qui évoque l’échec de son projet de réforme des classes préparatoires à Paris, pour introduire davantage de mixité sociale.

« La bonne décision »

Amélie Oudéa-Castéra avait informé les syndicats, mercredi, de sa décision de renoncer au projet de fermeture de quatre classes préparatoires à Paris, lors d’un Conseil supérieur de l’éducation. Mais elle l’a fait sans prévenir Christophe Kerrero, selon une source proche du rectorat citée par l’AFP qui explique que le recteur « ne pouvait pas continuer à porter la carte scolaire après que la ministre Oudéa-Castéra l’a désavoué sans l’en prévenir ».

« Le SNALC, l’intersyndicale et les associations de professeurs de classes préparatoires aux grandes écoles ont fini par être entendus, et nous nous en réjouissons », avait salué le SNALC, mercredi soir, en estimant que la ministre avait « pris la bonne décision ».

Notre Ecole est en proie au doute » alors que « la situation exige pourtant une mobilisation de chacun de ses acteurs

Christophe Kerrero Recteur de Paris

L’ensemble des associations de professeurs de classes préparatoires s’étaient mobilisées contre l’annonce de la fermeture de classes préparatoires, en décembre dernier, dans les lycées parisiens Jacques-Decour, Pierre-Gilles de Gennes, Lamartine et Chaptal. C’est « une remise en cause du modèle des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) », avaient protesté les six associations d’enseignants représentatives de la filière qui avaient fait grève mi-janvier.

De son côté, le rectorat de Paris avançait qu’environ 1.500 places étaient vacantes dans la filière, et qu’il préférait réfléchir à de nouvelles classes préparatoires, destinées notamment à des bacheliers professionnels. Ces ouvertures de classes étant financées à moyens constants, le rectorat avait décidé d’en fermer d’autres.

Le rectorat avait aussi lancé une expérimentation de classe préparatoire avec le lycée Henri-IV et l’université PSL pour former de futurs professeurs des écoles à bac+3, dans le sillage de la réforme à venir du concours enseignant.

Dans l’académie « la plus ségréguée de France », Christophe Kerrero voulait ouvrir de nouvelles classes préparatoires « aux bacheliers professionnels pour qu’ils accèdent aux plus grandes écoles d’ingénieurs et de management », et créer de nouvelles classes préparatoires au professorat des écoles, « pour aller chercher des bacheliers pour qui l’enseignement constitue une voie de promotion sociale ». Et, pour cela, « fermer en effet quelques classes au sein d’une carte parisienne dont l’offre dépasse largement les besoins ».

« Nous poursuivrons l’ensemble des chantiers »

« Toutes les mesures de soutien des élèves en termes de promotion et de mixité sociale prises par le recteur de Paris sont soutenues et financées, a réagi l’entourage d’Amélie Oudéa-Castéra. Elles seront toutes réalisées. » Dans un tweet, la ministre a salué l’engagement du recteur « en faveur de la mixité sociale, tout particulièrement à Paris, où nous poursuivrons, comme je m’y suis engagée, l’ensemble des chantiers qu’il a impulsés en faveur de l’égalité des chances ».

« Notre école est en proie au doute », alors que « la situation exige pourtant une mobilisation de chacun de ses acteurs », a souligné Christophe Kerrero dans sa lettre aux personnels de l’académie. « La reproduction sociale caractérise encore beaucoup trop notre système éducatif », et Paris en est « un exemple », voire « un miroir grossissant ».

Le recteur a rappelé son action, ces trois dernières années, pour « inverser les courbes » – de la réforme de l’affectation en seconde, à la modification du recrutement à Louis-le-Grand et à Henri-IV, en passant par la recomposition de la carte des formations et des lycées. « Des combats difficiles, souvent solitaires, qui ont donné espoir », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a salué sa « contribution exceptionnelle au service public de l’éducation », en évoquant le « partenariat solide » entre la ville de Paris et l’académie et en faisant référence à la réforme d’Affelnet qui « a contribué de manière significative à la promotion de la mixité sociale dans une académie confrontée au défi de la ségrégation scolaire ».



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