Européennes 2024 : Raphaël Glucksmann, l’espoir d’un sursaut pour le PS


Il y a pris goût et il assume. De retour de son premier meeting, à Bordeaux le 20 janvier, Raphaël Glucksmann ne boude pas son plaisir. Il a fallu pousser les murs pour faire rentrer 800 personnes dans la salle. « Et ils étaient encore 400, peut-être 500 dehors ! » se réjouit-il à peine installé dans un café parisien, presque surpris. Un bon signal pour l’eurodéputé, qui repart en campagne pour un second mandat avec son parti Place publique et le soutien du Parti socialiste. Le Conseil national du PS l’a officiellement adoubé mercredi soir, avant un vote des militants la semaine prochaine.

Preuve en est que le « phénomène Glucksmann » n’est pas qu’une bulle médiatique, assure-t-il. Réponse à ceux qui croient que la troisième place de sa liste dans les sondages – autour de 10 %, devant les Insoumis et les écologistes – et que sa popularité sur les réseaux sociaux– 800.000 personnes le suivent sur Instagram, 2,5 fois plus que Gabriel Attal – ne sont que virtuelles. Et pensent que lui, Raphaël Glucksmann, est « hors-sol ».

« Mon sol, c’est la France »

« Hors-sol », voilà la critique qui revient chez ses adversaires. Encore récemment dans une lettre publique de François Ruffin, député Insoumis , en réponse aux appels au dialogue de Raphaël Glucksmann. « Je suis né dans le Xe arrondissement, il n’y a que du béton », lâche l’ex-journaliste. Au coeur de la Place Saint-Georges, très minérale, on le sent chez lui.

Mais à l’heure où les populistes ne cessent de conspuer les élites « déracinées », être parisien n’est pas une identité porteuse. Raphaël Glucksmann ne se revendique ni d’une province, ni d’une communauté. « Je descends de catholiques et de juifs, de riches et de pauvres. Je n’ai pas reçu d’éducation juive, on ne parlait que de Rousseau et de Voltaire à la maison. » Il regarde par la fenêtre, silencieux. « Mon sol, c’est la France. »

« Hors-sol », la critique le pique au vif . « Mes grands-parents ont été résistants, que ce soit communiste, quasi-nationaliste ou main-d’oeuvre immigrée, raconte-t-il. J’ai été élevé dans le culte de la France. Ça paraît vieux jeu dit comme ça, mais j’ai un rapport amoureux à la France. C’est une chance infinie d’être l’héritier de cette histoire de France. »

Un apprentissage sur le tas

A 44 ans, Raphaël Glucksmann est l’aîné des principales têtes de liste aux européennes. Plus jeune, c’est loin de la France qu’il a fait ses classes. Il est alors journaliste. En Algérie, à la rencontre des féministes, au Rwanda, sur les traces du génocide, en Ukraine, au coeur de la révolution orange.

En 2014, la politique se rappelle à lui. Au soir du succès du Front national – devenu depuis le Rassemblement national – aux élections européennes, Raphaël Glucksmann estime que l’heure est grave. « Ce qui me motive à rentrer en France, c’est la manière dont Eric Zemmour et les autres volent l’histoire », explique-t-il. « Je veux que la France soit fidèle à elle-même. La seule manière de faire, c’est l’Europe. Le reste, c’est du folklore ! » Il est fédéraliste, et ne s’en cache pas. Il veut imposer un contre-récit, « faire de l’Europe une communauté de solidarité, de valeurs, d’histoires, avec une capacité à exister en soi et pour soi ».

En 2018, Raphaël Glucksmann laisse tomber le journalisme. Il fonde son parti Place publique, puis est choisi par Olivier Faure – contre une partie des cadres du PS – pour mener la liste socialiste aux européennes. L’année suivante, il est élu et fait son entrée au Parlement européen. Il apprend sur le tas. « Je n’avais pas d’expérience », se souvient-il.

« Quand je suis arrivé, je me suis naturellement orienté vers la commission des Droits humains. Là, des gens font des beaux discours, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Il faut à la fois raconter une histoire qui embarque les citoyens et la traduire dans le concret. J’ai compris que pour faire bouger vraiment les choses, il fallait aller au commerce international. »

Un combat pour plus d’Europe

Car l’autre combat de Raphaël Glucksmann, hérité de son père, André Glucksmann, son « premier et meilleur ami », ce sont la démocratie et les droits humains. Dans l’appartement familial, le fils du philosophe a vu défiler des figures de la gauche et des dissidents d’Europe de l’Est, d’Amérique latine, d’Algérie.

Aujourd’hui, même chez ses adversaires, on lui reconnaît de la constance sur ces sujets. « J’ai de l’estime pour lui, on a en partage tous les deux d’échanger sur le fond des sujets et pas d’être dans la tyrannie de la communication permanente », raconte François-Xavier Bellamy, tête de la liste Les Républicains pour les européennes .

Si mon rôle est de ramener la France dans l’Europe et l’Europe en France, je suis heureux.

« Je ne suis pas eurobéat, mais je crois que l’Europe est la seule échelle où on peut redonner du pouvoir aux citoyens », assure Raphaël Glucksmann. Le bon niveau pour prendre des décisions avec un vrai impact, comme quand il s’est battu pour un mécanisme visant à bloquer l’entrée sur le marché européen de produits issus du travail forcé , notamment des Ouïghours en Chine . Le bon niveau où, demain, abandonnés par les Etats-Unis de nouveau gouvernés par Donald Trump, les Etats européens pourraient organiser une défense à la hauteur des assauts impérialistes de Vladimir Poutine .

Ne parlez donc pas d’ambition nationale à Raphaël Glucksmann. « Si mon rôle est de ramener la France dans l’Europe et l’Europe en France, je suis heureux », balaye-t-il. Et de citer Jacques Delors, mort le 27 décembre . « Il a aussi refusé de se lancer dans la course présidentielle, de peur de devoir mentir. Il s’est demandé ensuite toute sa vie s’il avait fait le bon choix. Faut-il sacrifier la politique à la morale ? Il n’a jamais tranché. » Raphaël Glucksmann, lui, y réfléchit encore.



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