Au cinéma, Laetitia Casta dans un de ses plus beaux rôles sous la caméra de sa belle-mère Brigitte Sy


Le Bonheur est pour demain’’ est un film profondément romanesque. L’idée initiale était de s’orienter vers ce genre, et de raconter une histoire d’amour qui transcende la raison?

Brigitte Sy: Avant d’envisager le romantique ou le romanesque, la première étape est d’écrire un scénario solide, de se demander si ce que je souhaitais raconter allait concerner les spectateurs. En tournant, on cherche à répondre à des questions profondes, sans nécessairement savoir dans quelle direction cela nous mène. Ce n’est qu’après coup que l’on réalise dans quel genre le film s’inscrit.

Laetitia Casta: Lors de la lecture, j’ai particulièrement apprécié l’exaltation des sentiments. Ils sont forts, passionnés. Cette manière de vivre l’amour et même de vivre, tout simplement, m’a séduite.

Brigitte Sy, dans ‘‘L’Innocent’’, votre fils Louis Garrel s’est inspiré d’un élément autobiographique: votre rencontre avec votre compagnon en prison. Il semble que vous ayez également puisé dans votre vie pour ce film…

B. S.: Dans ‘‘L’Innocent’’, l’élément autobiographique est évident: j’ai travaillé en prison, je m’y suis mariée… Cependant, le scénario du ‘‘Bonheur est pour demain’’ s’éloigne de la réalité. Par exemple, je n’ai jamais participé à une évasion! J’y explore davantage mon rapport à la séparation, à la construction d’une relation basée sur le manque, et mon rapport aux hommes. Cependant, le point de départ est une rencontre avec une femme qui a réellement vécu ces péripéties.

Comme souvent dans mon travail, cela part des autres et de ce qu’ils me transmettent. Ce n’est qu’ensuite que je fais le lien avec ma propre expérience.

Laetitia Casta, le fait d’être la belle-fille de Brigitte Sy a facilité votre intégration dans son univers?

L. C.: La rencontre humaine avec Brigitte, qui a pris une place très importante dans ma vie, est déterminante. J’ai été profondément touchée par ce qu’elle dégageait, par son vécu, son histoire. Cela a pris le dessus sur le fait qu’elle fasse partie de ma famille.

Avant tout, j’ai rencontré une femme! Ensuite, elle m’a parlé de son projet, auquel j’ai eu envie de participer, en ayant l’impression, après avoir tourné deux films avec Louis Garrel, de clôturer quelque chose, de me libérer du regard des réalisateurs et de retrouver une certaine authenticité. C’était très important à mes yeux.

“Il faut accepter de donner et se dire qu’on ne fait pas un film pour soi mais pour les autres”

Brigitte Sy, on observe aussi un lien entre votre cinéma, celui de Louis Garrel et celui de votre ancien compagnon Philippe Garrel…

B. S.: Oui… Au début de ma carrière, j’ai beaucoup collaboré avec Philippe Garrel en tant qu’actrice. Je le regardais longuement travailler… Pour moi, il n’y avait pas d’autre manière de faire que la sienne, tout simplement parce que je n’en connaissais pas d’autre et que Philippe investissait chaque minute de sa vie dans ses films.

Par conséquent, lorsque j’ai pris la caméra, j’étais une réalisatrice nourrie de toutes ces expériences et sûrement de cette méthodologie de travail… et je pense que Louis, même s’il arrive à prendre beaucoup plus de distance avec son intimité, agit de la même façon. Moi, je fais une sorte de transposition, même si je m’en suis un peu éloignée avec ‘‘Le Bonheur est pour demain’’, étant donné qu’il s’agit bien, comme je le disais, d’une fiction.

Est-ce délicat parfois de trouver la bonne distance entre le réel et la fiction?

L. C.: Pour une comédienne, la question de la ‘‘bonne distance’’ touche au processus, assez complexe, de la création. Parfois, nous avons des rôles proches de notre intimité, mais le personnage nous aide à cacher cet aspect. Par ailleurs, certaines de ses intimités peuvent parler à tout le monde, et d’autres sont presque impudiques au cinéma. Dans ce cas, ça ne marche pas. À un moment, il faut donc accepter de donner, et se dire qu’on ne fait pas un film pour soi mais pour les autres.

B. S.: Il faut toujours essayer de faire un film à la manière du récit ‘‘ Blanche-Neige’’, comme si tout le monde connaissait l’histoire. C’est la manière dont on la raconte qui va rendre l’ensemble percutant… ou pas!

Dans cette fiction, une femme semble se sacrifier pour un homme, prête à se mettre en danger pour le faire évader de prison. Un portrait assez rare…

L. C.: Je ne pense pas que Sophie se sacrifie pour un homme. Au-delà de son rôle de mère, elle est borderline. Si sacrifice il y a, c’est pour son désir, sa conviction et son choix d’aimer. Elle va jusqu’au bout, presque de manière égoïste. Cet aspect du personnage, pas du tout conventionnel et prenant des risques, est très intéressant.

“Le bonheur est pour demain”, l’histoire et notre avis

L’histoire

Sophie (Laetitia Casta) a un enfant et un conjoint, mais son quotidien lui semble désespérément plat, sans plaisir, sans envies. Jusqu’au jour où elle rencontre Claude (Damien Bonnard). Il est drôle, séduisant, intelligent, et elle tombe immédiatement sous son charme. Cependant, Claude n’est pas un prince charmant, mais un braqueur. Lors d’une attaque de banque, un homme est tué, entraînant l’arrestation de Claude et sa condamnation à une lourde peine de prison…

Notre avis

Neuf ans après “L’Astragale”, Brigitte Sy retourne derrière la caméra pour capturer une histoire d’amour qui défie la raison, au point qu’il est difficile d’y croire pleinement. Mieux vaut laisser la logique de côté et se laisser emporter par la performance du couple Laetitia Casta/ Damien Bonnard pour apprécier cette romance intense entre une femme malheureuse dans son quotidien et un braqueur charismatique.

Contre toute attente, c’est lorsque la réalisatrice place sa caméra hors des murs de la prison pour capter le quotidien de Sophie et son amitié naissante avec la mère de son amant, interprétée par une impeccable Béatrice Dalle, que “Le Bonheur est pour demain” se montre le plus pertinent. L’alliance de ces femmes amoureuses des hommes, mais forcées de composer avec leurs erreurs, apporte en effet une épaisseur supplémentaire à cette love-story, qui manque parfois de dynamisme.

La cinéaste – mère de Louis Garrel – n’arrivant pas à trancher entre le film social et le mélodrame, ce qui contraste avec le tempérament de Sophie, femme fougueuse, énergique et plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. À coup sûr, l’un des plus beaux rôles tenus par l’actrice corse.

De Brigitte Sy. Avec Laetitia Casta, Damien Bonnard, Béatrice Dalle.

Drame (France). Durée: 1h39.

(DR)



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