L’Europe se doit d’être au rendez-vous de son histoire pour la paix au Proche-Orient


Dans les couloirs de la diplomatie européenne, les regards convergent vers la prochaine Conférence de Munich sur la sécurité, prévue du 16 au 18 février prochain, et qui réunit chaque année leaders et diplomates internationaux. Alors que le conflit persiste au Proche-Orient, cet événement représente une opportunité inestimable pour raviver les canaux de communication entre Israéliens et Palestiniens, condition indispensable à l’avènement d’une paix durable.

À la fin du mois d’octobre 2023, les visites officielles en Israël d’Olaf Scholz, d’Ursula von der Leyen et d’Emmanuel Macron témoignaient d’une volonté de réengagement européen au Proche-Orient. Mais il est désormais impératif de concrétiser ces aspirations en actions tangibles, notamment face à l’éventualité d’un retour de Donald Trump au pouvoir en novembre 2024, évènement susceptible d’exclure encore davantage les Européens de toute médiation dans la région.

« Réarmement diplomatique » de l’UE

Au cours des trois dernières années, le paysage politique du Moyen-Orient a connu des bouleversements majeurs, mettant à l’épreuve la capacité d’adaptation de la diplomatie européenne. L’Iran émerge en tant qu’acteur incontournable, jouant un rôle crucial dans la résolution, comme dans l’exacerbation, des conflits régionaux. De même, le Qatar, la Turquie et l’Algérie ont établi leurs propres canaux de communication avec le Hamas, devenant des interlocuteurs incontournables pour la libération d’otages ou la garantie de la sécurité des dirigeants de ce mouvement.

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En 2020, l’Europe a marqué une certaine réticence à s’engager dans les accords de paix d’Abraham, se tenant à l’écart des négociations et des partenariats stratégiques israélo-arabes. Cette distance vis-à-vis du Maroc, du Bahreïn et des Émirats arabes unis, a privé l’Europe des fenêtres de tir diplomatiques découlant de cette dynamique régionale. Pour restaurer sa crédibilité régionale, l’Union européenne (UE) doit dorénavant s’impliquer activement auprès des Israéliens, des Palestiniens, et des acteurs régionaux clés à la reprise des pourparlers entre Jérusalem et Ramallah.

Établir les fondements d’une paix durable

L’appel lancé en décembre dernier par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en faveur d’une conférence de paix dans les cinq prochains mois est un pas à saluer. Toutefois, pour garantir le succès de cet événement, les États membres de l’UE doivent renforcer leurs liens avec des acteurs majeurs tels que l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, dont la médiation est essentielle à la recherche de solutions acceptables et durables pour les deux parties. Ces puissances arabes seront à la fois les financiers de la reconstruction de Gaza, mais aussi nécessaires dans la médiation avec l’Iran dont les groupes supplétifs en Syrie, au Liban et au Yémen, persistent à régionaliser le chaos.

Concernant la gouvernance de Gaza dans l’après-guerre, l’Europe doit également clarifier sa position sur cet enjeu en allant au-delà de son refus moral du Hamas. Les financements de Bruxelles jouent un rôle fondamental dans le maintien institutionnel de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. En cas de contrôle de Gaza par Ramallah, il conviendra d’imposer des pratiques de bonne gouvernance et un plan de prospérité économique afin de mieux cibler les besoins de la population palestinienne et d’ainsi accompagner l’institutionnalisation d’un État palestinien, voisin d’Israël. Ici aussi, l’aide des États arabes du Golfe et de l’Égypte sera indispensable. Dans les prochaines semaines, la Conférence de Munich sur la sécurité offrira ainsi une tribune idéale pour réaffirmer le rôle de l’Europe dans la promotion d’une paix durable au Proche-Orient, ouvrant la voie à une conférence de paix élargie où les Européens seraient pleinement investis.

Intégrer les accords d’Abraham

Depuis leur instauration en 2020, les accords d’Abraham ont profondément remodelé le paysage diplomatique au Moyen-Orient. Malgré le conflit entre Israël et le Hamas, la tendance régionale penche vers la normalisation des relations, avec notamment un intérêt croissant de l’Arabie saoudite pour un rapprochement avec Jérusalem. La perspective d’une normalisation israélo-saoudienne constituerait un tournant historique aux répercussions mondiales.

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Face au récent abandon de poste de Dan Shapiro, envoyé spécial pour les accords d’Abraham de l’administration Biden, l’Europe doit pleinement saisir les implications de ce désengagement américain afin d’enfin promouvoir une convergence des positions israélo-arabes conditionnées à la paix entre Israéliens et Palestiniens. L’Europe se devra donc, dans l’après-guerre du Souccot, d’être au rendez-vous de son histoire, en prenant pleinement part, aux côtés des acteurs régionaux, à la conception d’une véritable feuille de route pour la paix au Proche-Orient, cette fois fondée sur des garanties de sécurité et de prospérité économique pour les populations locales.



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