Le Nigeria surclasse le Cameroun et file en quarts de finale


Ce n’est pas seulement un huitième de finale de Coupe d’Afrique des nations (CAN), c’est une partie d’histoire qui se jouait entre deux peuples voisins samedi 27 janvier. Entre deux rivaux aux talents aussi insolents qu’inconstants et au palmarès qui culminent à cinq titres de champion pour l’un, trois pour l’autre. Il y a donc un honneur à préserver. Des anciens à honorer. Et une opportunité de montrer au continent – puis au reste du monde – que l’on est digne de devenir aussi des légendes du foot africain. Samedi 27 janvier, au stade Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, le Cameroun, l’équipe aux cinq étoiles, défiait une vieille connaissance : le Nigeria.

Il y a 40 ans, le 18 mars 1984, sur cette même pelouse, les Lions indomptables avaient coupé les ailes des Super Eagles (3-1), remportant ainsi leur premier titre. Quatre ans plus tard, à Casablanca, rebelote : le Cameroun terrasse le Nigeria en finale de la CAN (1-0). Et en 2000, au National Stadium de Lagos, devant ses 60 000 supporters, les Nigerians s’inclinent, une nouvelle fois, face aux Camerounais (2-2, 3 à 4 aux tirs au but). La frappe victorieuse – d’un somptueux plat du pied – est alors signée du capitaine Rigobert Song, aujourd’hui sélectionneur des Lions indomptables.

Samedi à Abidjan, dans une arène orangée totalement relookée bordant la lagune, les deux ennemis intimes se sont retrouvés en huitièmes, comme en 2019. A l’époque, au stade d’Alexandrie en Egypte, les Super Eagles avaient sorti leurs adversaires (3-2). Mais quatre ans plus tard, les Nigérians restaient humbles : « Le Cameroun est meilleur qu’en 2019, on est meilleur qu’en 2019, on verra après le match », expliquait Moses Simon avant le match. Pour l’attaquant nigérian du FC Nantes, il n’y a aucun esprit de revanche : « On veut juste jouer et gagner. On n’a pas de pression », a-t-il poursuivi. Et ça s’est vu.

Puissance nigériane

20 heures. La pelouse a été copieusement arrosée, histoire d’accélérer le jeu. Ça tombe bien, les deux équipes sont portées sur l’attaque. La tribune de presse est pleine à craquer au point que certains journalistes sont obligés de s’asseoir sur les marches des tribunes. Il y a du public (22 085), des chauves-souris qui traversent le stade et une chaleur suffocante : près de 30 degrés pour 77 % d’humidité.

Dès les premières minutes de ce classique africain, le Nigeria impose sa puissance. Sur un corner (8e), Fabrice Ondoa, le gardien camerounais préféré à André Onana pour ce match, est obligé de repousser – avec une maladresse déconcertante – trois tentatives des Super Eagles. La quatrième est fatale : Oluwafemi Ajayi la pousse au fond des filets, mais le but est annulé pour une position de hors-jeu.

Les Lions n’ont pas grand-chose à proposer : il n’y a pas de jeu, pas d’envie, de tactique, de technique. De simples passes semblent être d’une immense difficulté. Le Nigeria verrouille en défense pour empêcher les incursions adverses et attend le contre, et pourquoi pas une erreur… Justement, elle arrive à la 36e, sur une touche camerounaise. Le défenseur Oumar Gonzalez a dû mal à contrôler la balle, et le menaçant Victor Osimhen en profite pour la lui chiper et la passer avec classe à Ademola Lookman qui ne manque pas le cadre (1-0).

Le Cameroun prend la marée verte. Des espaces se créent et le Nigeria joue avec. Le public se met alors à clamer « Osimhem ». Normal, le Napolitain est en feu : gros travail de pressing et d’appel. Ses coéquipiers tentent à chaque fois de le trouver dans la profondeur : par sa vitesse et sa puissance, l’attaquant masqué, récemment élu meilleur joueur africain 2023, prend souvent l’avantage sur la défense adverse.

Le sélectionneur des Lions critiqué

Le Cameroun semble perdu et se noie sur cette pelouse. Comment peut-il s’en sortir ? Les Lions indomptables ont, portant, l’habitude de se retrouver dans ce genre de situation, et finissent par être sauvés par un coup du sort. 75e, un homme va entrer sur le terrain : Vincent Aboubakar, le capitaine de la sélection camerounaise, blessé depuis le début du tournoi. Les supporters exultent. Et si c’était lui le messie.

Sa présence ne changera rien : Le Nigeria continue de pousser et manque à deux reprises d’aggraver le score (à la 85e et 87e). Deux minutes plus tard, Ademola Lookman, encore lui, inscrit le deuxième but. Pour les Camerounais, le miracle n’est pas venu. Le Nigeria rencontrera l’Angola – qui a écrasé la Namibie (3-0) – en quarts de finale, le 2 février, sur cette même pelouse.

Depuis le début du tournoi, le Nigeria est invaincu. Lors de la phase de poule, les Super Eagles n’ont marqué que trois buts face à la virevoltante Guinée équatoriale (1-1), la décevante Côte d’Ivoire (0-1) et la malheureuse Guinée-Bissau (0-1). Avant d’affronter le Cameroun, le sélectionneur portugais José Peseiro, avec décontraction, a voulu balayer toute critique sur ce faible rendement et a promis des buts en évoquant une bouteille de… ketchup. « Parfois, le ketchup ne vient pas, mais [quand vous le secouez] tout le ketchup vient en même temps », a-t-il imagé.

Durant cette CAN, le Cameroun a enchaîné les mauvaises prestations, encaissé trop de buts (8), multiplié les crises internes et les polémiques avec sa gestion des gardiens. « Tu mets une prune dans la tanière, elle cuit en quelques secondes, c’est chaud dans la tanière, c’est tendu », assure Mathieu Fangwa, journaliste camerounais à Canal 2. Rigobert Song, critiqué pour ses choix tactiques et son bilan peu satisfaisant, est d’ailleurs en délicatesse avec son public et les reporters de son pays. « Quand tu sais que tu es en danger, tu n’es plus en danger, a-t-il lancé avant ce huitième. Je suis arrivé à un point où je ne calcule plus rien. »

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Serein, il a voulu croire à l’impossible : « Le stade dans lequel nous allons jouer est celui qui a permis d’écrire l’histoire du Cameroun. Nous voulons rester dans l’histoire. » Samedi soir, à Abidjian, les Lions sont sortis de cette histoire. Sans gloire et sans « hemle », le sens du combat à la camerounaise.



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