Jérôme Bayle, l’icône de la révolte paysanne, cible des critiques



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À l’origine de la fronde agricole qui dure depuis dix jours, l’éleveur de 42 ans a déclaré lever le barrage qu’il avait mis en place. Ce qui n’est pas au goût de plusieurs syndicalistes.

«Traître», «pleutre», «vendu», «idiot du système». Sur les réseaux sociaux, Jérôme Bayle, éleveur bovin en Haute-Garonne, est l’objet de critiques fleuries depuis vendredi soir. L’initiateur de la révolte des agriculteurs, figure charismatique de leur souffrance, lui dont le père s’est suicidé d’un coup de fusil dans son exploitation, paie de s’être dit satisfait, «soulagé» même, après l’annonce de plusieurs mesures par le premier ministre. Et d’avoir annoncé en conséquence la levée du barrage de l’A64 – le premier mis en place, par ses soins, le 18 janvier. «J’avais dit [à Attal], venez me rendre visite avec des mesures concrètes. Il est venu. Avec des mesures concrètes», a déclaré le quadragénaire à BFMTV.

Parmi les mesures de simplification annoncées aux agriculteurs : la suppression de la hausse de la taxe sur le gazole non routier (GNR) ; un budget de 50 millions d’euros pour les exploitations touchées par la maladie hémorragique épizootique ; un autre de 50 millions pour les exploitations bio ; une limitation des contrôles administratifs… Des «mesurettes» selon la quasi-totalité du monde agricole. Qui se dit étonné du revirement de Bayle. «Ce type est un escroc», raillent les commentateurs en partageant l’extrait vidéo daté du 23 janvier qui montre l’éleveur en doudoune devant une botte de foin, s’engageant à se battre «jusqu’au bout». Ou celui tourné vendredi lors de la visite de Gabriel Attal sur «son» blocage de Carbonne, où on le voit glisser un papier à Christophe Béchu, le ministre de la Transition Écologique.

«Il lui donne son RIB?»

La vanne «il lui donne son RIB ?» n’en est pas une pour tous. On s’indigne par endroits. Sous la plaisanterie, la déception affleure. Et si, avec le retrait de ce leader, la révolte historique tournait en eau de boudin ? Et si une partie des agriculteurs, se sentant trahis, s’en retournaient chez eux ? Les plus acerbes comparent Jérôme Bayle à Édouard Martin, ancien syndicaliste de l’ancienne usine ArcelorMittal de Florange, considéré comme un «traître» pour avoir obtenu après coup une bonne place sur une liste PS…

Le retrait du mouvement de l’éleveur suscite une telle surprise que Véronique Le Floc’h, présidente du syndicat agricole Coordination rurale, semble ne pas vouloir en comprendre les raisons. «Il aurait pu se faire remplacer le temps d’aller se reposer…» Certes. Sauf que Jérôme Bayle lève le camp parce qu’il est satisfait… «Oui… C’est vrai, concède-t-elle. Et bien je trouve ça dommage. Loin de moi l’idée de le critiquer parce qu’il a fait beaucoup. Mais je trouve ça dommage. J’espère qu’il ne parlait pas au nom de nous tous. Car nous, on continue.» Pour cette agricultrice bio dans le Finistère Sud, les mesures annoncées par Gabriel Attal transpirent le «mépris». «Le ministre a dit qu’il nous avait reçus 5/5 mais c’est très insuffisant. Le problème des lois Egalim, ce n’est pas que le contrôle, c’est le contournement , les industriels installent des centrales d’achats à l’étranger. Le gasoil non routier, il fallait le détaxer complètement, pas limiter la hausse de la taxe…» Elle est intarissable.

Lassé de lire des messages injurieux à l’endroit de Jérôme Bayle, Sébastien Brousse, 43 ans, éleveur de bovins lait et viande dans la Creuse, a, lui, écrit un texte en sa faveur. Au Figaro, il indique : «Même si je considère que les annonces sont très insuffisantes – on n’a pas parlé des revenus, on n’a pas parlé de la paperasse qui peut nous prendre une journée par semaine ou de la concurrence intra européenne -, j’ai un profond respect pour Jérôme Bayle. Avec une vingtaine de copains, il a maintenu un blocage pendant une semaine sans dégâts. Il a enclenché presque malgré lui un mouvement national. Comme beaucoup d’agriculteurs, il est digne, courageux, excédé.»

Interrogé par BFMTV samedi matin, Jérôme Bayle s’est expliqué sans gêne. «Chacun est libre de faire ce qu’il veut. Nous, on a obtenu ces trois revendications, on a dormi à -7 degrés dans le tracteur. On a eu plus que ce qu’on voulait au début (…) on est contents.» Il a aussi confié avoir refusé «un poste» contre son «silence» au début du mouvement. Le reste des représentants syndicaux (FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Coordination rurale…) ont annoncé poursuivre le mouvement.



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