la directrice artistique du Printemps des poètes démissionne


Sophie Nauleau justifie sa décision par la volonté de garder le silence face à ce qu’elle appelle une “cabale effarante, consternante pour ne pas dire monstrueuse”.

Sophie Nauleau démissionne de son poste de directrice artistique du Printemps des poètes.

Sophie Nauleau démissionne de son poste de directrice artistique du Printemps des poètes. Photo Eric Fougere/Corbis via Getty Images

Par Nathalie Crom

Publié le 26 janvier 2024 à 11h30

Mis à jour le 26 janvier 2024 à 17h33

Y aura-t-il un Printemps des poètes cette année ? Huit jours après le début de la polémique suscitée par le choix de l’écrivain Sylvain Tesson comme parrain de l’édition 2024, qui doit se tenir du du 9 au 25 mars, l’annonce de la démission, ce vendredi 26 janvier, de la directrice artistique de la manifestation, Sophie Nauleau, oblige à s’interroger. « Le choix, que j’assume pleinement, de Sylvain Tesson pour féérique parrain de “La Grâce” (thème de l’édition 2024, du 9 au 25 mars) a déclenché une cabale effarante, consternante pour ne pas dire monstrueuse. Dans ce contexte, aucune parole n’étant audible, j’ai préféré réserver la mienne au silence », explique Sophie Nauleau dans un communiqué transmis ce vendredi à l’AFP. La « cabale » en question fait référence à la tribune, relayée par Libération le jeudi 18 janvier, et signée à ce jour par quelque deux mille poètes et acteurs du monde de la culture, s’élevant contre ce choix de Sylvain Tesson, « chantre de l’extrême droite littéraire », écrivent les pétitionnaires. Lesquels pointent que la désignation de l’auteur de La panthère des neiges comme parrain vient « renforcer la banalisation et la normalisation de l’extrême droite dans les sphères politique, culturelle, et dans l’ensemble de la société ».

« À ceux qui me somment de répondre, je rappellerais que j’ai consacré ces quinze dernières années, d’abord sur France Culture (où Sophie Nauleau a animé l’émission “Ça rime à quoi” – ndlr) puis au Printemps des Poètes, à faire entendre, dans toute sa diversité, la voix des poètes d’hier et d’aujourd’hui », ajoute Sophie Nauleau dans son communiqué. Une opinion que ne partagent pas les initiateurs de la pétition qui a mis le feu aux poudres la semaine dernière. À Télérama, la poétesse Morgane Ortin, créatrice du compte Instagram Amours solitaires et signataire de la pétition, déclarait le week-end dernier : « Le milieu littéraire et éditorial a besoin d’être dépoussiéré par de nouvelles visions, de nouveaux talents […] Aujourd’hui, de nombreux poètes réveillent la scène littéraire et il y a un véritable enjeu à mettre sur le devant de la scène la nouvelle vague poétique plus inclusive qui se développe dans les maisons d’édition, les librairies, sur les réseaux. Proposer quelque chose de nouveau, y compris dans des institutions telles que le Printemps des poètes. »

De fait, derrière les controverses autour de la personnalité de Sylvain Tesson, sourd une critique latente de la gouvernance et de la ligne artistique de la manifestation, qui doit fêter en mars son vingt-cinquième anniversaire. Voici plusieurs années que, dans le monde volontiers divisé de la poésie, se font entendre des reproches visant tant ses choix esthétiques, jugés académiques et éloignés des formes les plus contemporaines de la création poétique, que son pilotage, concentré depuis l’origine dans trop peu de mains – et entretenant, en outre, une trop grande proximité avec les éditions Gallimard. Parmi ses fondateurs, le poète André Velter, qui en fut le premier directeur artistique, a longtemps dirigé la collection Poésie / Gallimard. Une collection mythique et largement patrimoniale, à la tête de laquelle lui a succédé, en 2018, Jean-Pierre Siméon, après seize ans passés à la direction artistique du Printemps des poètes, où il a été remplacé par Sophie Nauleau, qui n’est autre que… l’épouse d’André Velter.

Dans un article titré « Le Printemps des poètes en pleine tourmente », mis en ligne le mercredi 24 janvier, Le Monde cite la réaction symptomatique du poète Frédéric Forte, membre de l’Oulipo, s’inquiétant, dans une publication sur son compte Facebook, « de la tentation hégémonique et des dérives de cette structure », qui « contribue de façon calamiteuse à perpétuer une image mièvre, passéiste, normée et même, oui, réactionnaire de la poésie ». À ces critiques, discrètement formulées jusqu’à présent, mais récurrentes, s’ajoute désormais, révélée dans le même article du Monde, la mise en cause de Sophie Nauleau par huit anciens salariés du Printemps des poètes qui l’accusent de « management douloureux » – des accusations appuyées par un article de Libération. Et si Sylvain Tesson, plus que l’origine de la tempête dans laquelle est plongée aujourd’hui le Printemps des poètes, n’en avait été finalement que le détonateur ?



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