RATP : combien gagnent les musiciens du métro ?


Et si la scène était sous nos pieds ? Parmi les quatre millions de passagers quotidiens du métro parisien, 300 d’entre eux ne se rendent nulle part. Tôt le matin, ils s’installent dans un couloir ou sur un quai, sortent leur guitare, accordéon, saxophone ou autre, et se plaisent à jouer ou chanter au milieu des passants empressés.

Ensemble, ils transforment les sous-sols de la capitale en gigantesque scène musicale. Dans les quartiers touristiques, les rengaines sont les mêmes depuis des décennies. Aznavour nous supplie toujours de l’emmener, l’amant de saint Jean n’en finit pas d’être le plus beau, et Bach ou Mozart sont quotidiennement revisités par des accordéonistes téméraires (les musiciens du métro ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît).

L’un d’eux, Rémy*, partage son amour de Vivaldi et de l’accordéon à tous ceux qui veulent bien «enlever leurs écouteurs». «Le métro est une scène très exigeante : le public ne vous a jamais demandé d’être ici, alors il faut le séduire en quelque sorte», nous raconte-t-il. Depuis quatre ans, il joue ses airs favoris dans le métro en parallèle de son activité professionnelle. «D’autres veulent percer, moi je fais ça pour le plaisir. Et pour mettre un peu de beurre dans les épinards. Les Quatre Saisons, c’est ce qui rapporte le plus», témoigne-t-il en souriant.

Jusqu’à 50 euros l’heure pour les stars du métro

Un petit chapeau retourné devant lui attend patiemment de récolter le fruit du labeur. Évidemment, la rémunération est très aléatoire et dépend du bon vouloir des passants. Parfois, il est payé en monnaie étrangère – qu’il collectionne – en cigarettes, en biscuits… «Quand j’ai commencé, je ne gagnais même pas 1 euro de l’heure. Aujourd’hui, ça marche bien mieux», sans vouloir en dire plus.

Pour certains, le salaire varie entre 15 et 30 euros de l’heure. Pour d’autres, plus expérimentés, «il peut aller jusqu’à 50 euros lors de grandes affluences», confie un guitariste habitué de la station Châtelet. C’était le cas de la chanteuse Haylen, participante à «The Voice 5», qui a fait ses premiers pas dans le métro. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir commencé ici : d’autres artistes célèbres tels que Zaz, Ben Harper, Claudio Capéo, ou le groupe Arcadian – friand de la ligne 12 – ont fait le «tube» avant les tubes.

Le temps est loin où n’importe quel saltimbanque pouvait descendre spontanément sa guitare et tendre son chapeau. Aujourd’hui, seuls les musiciens du métro, professionnels ou amateurs, accrédités par la RATP, ont l’autorisation d’y jouer. Sans cette carte d’accréditation, quiconque joue dans le métro risque une amende de 150 euros. Tous les six mois depuis 1997, la Régie organise un casting devant un jury composé d’employés volontaires, pour sélectionner les 300 heureux gagnants (sur un millier de candidats) qui pourront se produire librement dans les gares et stations franciliennes pendant six mois. Cette autorisation ne vaut pas pour l’intérieur des rames, afin de ne pas importuner les voyageurs et entraver la circulation.

La RATP ne rémunère pas les musiciens, mais il arrive qu’elle fasse appel à eux pour animer certains événements. C’était le cas pour les 100 ans de la ligne 10 en décembre dernier, ou «hier même, pour les vœux de Jean Castex» (PDG de la RATP), nous explique le service presse de la RATP. «Dans ces cas-là, ils touchent un cachet, dont le montant est fixé en fonction de la prestation et de l’expérience du musicien.» Les prochains castings auront lieu au printemps 2024.

*Le prénom a été modifié.



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