L’Iran frappe le Kurdistan irakien, la Syrie et même le Pakistan


Publié le 16 janv. 2024 à 12:51Mis à jour le 17 janv. 2024 à 16:13

Téhéran se lance dans une série de représailles tous azimuts par missiles sur des pays voisins qui a de quoi laisser déconcerté.

Après avoir tiré, lundi soir des missiles balistiques vers le Kurdistan irakien pour détruire « un quartier général » d’où aurait opéré Israël ainsi que des « terroristes », Téhéran a recommencé, mercredi matin, mais cette fois en direction… du Pakistan.

Un tout autre calibre que l’Irak, puisque le grand voisin oriental de l’Iran est le deuxième pays musulman au monde par la population et le seul doté de l’arme nucléaire. Les deux pays ne nourrissent pas non plus de contentieux particulier.

Ne pas se laisser marcher sur les pieds

Les tirs de mardi vers le Kurdistan irakien, vivement condamné par Bagdad, qui essaye pourtant d’entretenir de bonnes relations avec son puissant voisin perse et chiite, ainsi qu’en Syrie étaient présentés comme une riposte à diverses attaques récentes de « l’entité sioniste », c’est-à-dire Israël, et de son ennemi américain : un attentat, au demeurant revendiqué par Daech (que Téhéran affirme être une « créature » de Washington) a fait une centaine de morts début janvier autour du mausolée du général Qassem Soleimani, architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient. Et Israël a éliminé à Beyrouth le 2 janvier Saleh al-Arouri, numéro deux du Hamas allié à Téhéran.

Une riposte mesurée

« Il s’agit pour l’Iran de riposter militairement à ses déconvenues récentes », explique un spécialiste de la région, « sans prendre le risque de déclencher pour autant de guerre régionale, puisque le Kurdistan irakien n’est pas un Etat reconnu par la communauté internationale. Il s’agit aussi de frapper un des nombreux lieux de la région, avec les Emirats arabes unis ou l’Azerbaïdjan, à partir desquels l’appareil sécuritaire pénètre l’Iran, qui subit un syndrome d’encerclement. Ce raid constitue une escalade contrôlée et participe du narratif des autorités comme quoi ils ne se laissent pas marcher sur les pieds. »

Un contexte régional tendu

Mais, comme emporté par son élan, Téhéran a effectué contre le Pakistan un tir de missile, mercredi. Dans un contexte tout autre. Nulle accusation d’entité sioniste là, ne serait-ce que parce qu’Islamabad, à l’inverse du Kurdistan irakien, a de mauvaises relations avec Israël, qu’il ne reconnaît d’ailleurs pas officiellement. Téhéran a annoncé avoir frappé un réseau djihadiste basé au Pakistan, Jaish al-Adl, qui avait attaqué le mois dernier un commissariat dans la province iranienne du Sistan-Baloutchistan, dans laquelle 11 agents de police iraniens avaient été tués.

Islamabad a qualifié ce tir sur le sud-ouest de son territoire, qui a tué deux enfants, de «violation de la souveraineté du Pakistan totalement inacceptable». Islamabad a rappelé son ambassadeur en Iran pour consultation. Téhéran a jugé mercredi «naturel» de réagir après avoir demandé sans succès au Pakistan « d’empêcher l’entrée en Iran de gens qui tuent un grand nombre de personnes ».

Pour Michael Kugelman, directeur de l’Institut d’Asie du Sud au Wilson Center de Washington, «cela précipite les relations pakistano-iraniennes (…) dans une crise grave». «L’Iran a organisé par le passé des opérations transfrontalières contre des militants basés au Pakistan, mais je ne me souviens de rien de cette ampleur», a-t-il écrit sur X-ex twitter. «Les deux pays s’accordaient sur un certain droit de poursuite policier sur les territoire de l’autre», souligne un expert de la région, «mais là il s’agit de la part de l’Iran d’un mode opératoire totalement inédit. Tirer un missile cela viole clairement la souveraineté du Pakistan et illustre en tout cas une manière de s’affirmer beaucoup plus offensive de la part de Téhéran».



Source link

Leave a Comment