C’est quoi cette mission gouvernementale que réclame Sandrine Josso ?


« La pression commence à monter » pour Sandrine Josso. En novembre dernier, elle a porté plainte contre le sénateur Joël Guerriau. Elle l’accuse de l’avoir droguée en vue de l’agresser sexuellement. Deux mois plus tard, la députée Modem fait son retour sur les bancs de l’Assemblée nationale mardi, à l’occasion des questions au gouvernement. Une épreuve pour cette femme politique car la dernière fois qu’elle a mis les pieds dans l’hémicycle, en décembre dernier, elle a été « récupérée par le Samu », raconte-t-elle à BFMTV.

De quoi illustrer l’ampleur du stress post-traumatique dont elle souffre depuis cette soirée où de l’ecstasy a été glissé dans son champagne. Aujourd’hui, elle a fait de son agression par soumission chimique son combat et veut pousser le gouvernement à « faire des choses » pour endiguer ce « fléau » qui peut toucher « tout le monde ».

Pourquoi une mission gouvernementale sous la soumission chimique ?

La soumission chimique peut « arriver à tout le monde, à n’importe quel âge, dans n’importe quel endroit de la société et surtout dans la sphère privée », soutient ainsi Sandrine Josso. « En tant que femme victime aujourd’hui je passe à députée de la nation qui entend s’emparer du sujet pour toutes ces victimes de l’ombre », explique-t-elle encore.

« Il s’agit d’un sujet de santé publique, d’éducation et d’ordre public », ajoute à l’AFP l’élue de Loire-Atlantique. Elle réclame ainsi une mission au gouvernement pour que ces victimes « puissent obtenir réparation, pour que la prévention et la sensibilisation soient majeures, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, pour qu’au niveau judiciaire on puisse aider les victimes, parce que là on a vraiment l’impression que tout aide malheureusement les coupables », énumère la députée qui affirme avoir été « très soutenue par le gouvernement ». Son retour sur les bancs de l’Assemblée nationale va ainsi être l’occasion de poser sa question à Aurore Bergé, nouvelle ministre déléguée chargée de l’égalité entre les Hommes et les Femmes et de la lutte contre les discriminations.

Un phénomène méconnu mais répandu

Le phénomène de la soumission chimique a explosé en 2022, selon le nombre de signalements rapportés par le centre d’addictovigilance de Paris (AP-HP). Près de 2.000 plaintes ou appels ont été recensés cette année-là, contre 727 en 2021, rapporte Leila Chaouachi, responsable de l’étude sur le sujet, à Radio France. Mais ces cas recensés ne représentent probablement qu’une partie de la réalité. Si les dangers de la « drogue du violeur », versée par un inconnu dans un verre lors d’une soirée en discothèque, ont été largement médiatisés ces dernières années, la soumission chimique dans la sphère privée (SC) est en revanche encore méconnue et considérée comme sous-estimée.

Le « crime parfait »

« C’est le crime parfait », résume Sandrine Josso. Il s’agit d’un mode opératoire qui consiste à droguer une personne à son insu pour commettre un crime ou un délit. Les agressions sexuelles sont toujours les signalements les plus mentionnés (75,5 %), suivies par des violences physiques (6,3 %) et des vols (5,1 %). Il ne se limite pas au GHB glissé dans le verre d’une inconnue en boîte de nuit, mais peut aussi être utilisé par un proche dans la sphère amicale, familiale ou professionnelle.  « C’est très insidieux, on ne s’y attend pas, ça peut être un ami, ça peut être quelqu’un très proche de vous », rappelle Sandrine Josso.

La perte de mémoire provoquée par la prise de stupéfiant complique encore les choses. Le temps que la victime se souvienne de ce qui lui est arrivé, les substances ingurgitées peuvent disparaître de l’organisme et l’agression devient alors compliquée à prouver. Pourtant, les traces sont bien réelles chez les victimes qui peuvent, comme Sandrine Josso, développer un stress post-traumatique, « un enfer au quotidien ». « C’est plein de symptômes désagréables au quotidien qui mobilisent énormément d’énergie », témoigne-t-elle.



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