Catherine Colonna, une déception africaine 


La nomination de Catherine Colonna au Quai d’Orsay en mai 2022 avait suscité un énorme espoir en Afrique de voir tourner la page Jean-Yves Le Drian. Hélas, le bilan assombri notamment par le départ précipité du Niger n’est pas à l’avantage de la ministre chiraquienne qui n’a bénéficié d’aucune marge de manoeuvre de la part de l’Élysée.

La désignation de l’ex-porte-parole de Jacques Chirac laissait alors espérer sur le continent l’abandon de la diplomatie verticale faite d’injonctions et de coups de mention, si chère au duo Macron-Le Drian. Dans l’année qui a suivi sa nomination,, Catherine Colonna a donné le sentiment que le climat avait changé  dans le traitement des dossiers africains par le Quai d’Orsay. Une preuve en fut le Rapport des Nations unies sur le massacre de Moura, au Mali. Alors que Jean Yves Le Drian aurait sauté, une nouvelle fois, sur telle occasion pour tancer le pouvoir militaire de transition, Catherine Colonna ne s’est pas exprimée publiquement sur le sujet. Elle a préféré laisser le Représentant permanent de la France Nicolas de Rivière à l’ONU monter au créneau.

                                                                    Ni arrogance, ni coup de menton  

Dans de nombreuses capitales africaines, et même auprès de nombreux acteurs de la société civile du continent, la patronne du Quai d’Orsay jusqu’au remaniement de vendredi a bénéficié à contrario du bilan médiocre laissé par Jean-Yves Le Drian. Sur la langue liste de ses sorties hasardeuses, on peut citer la Centrafrique et le Mali. Le Drian a ainsi provoqué stupeur et incompréhension à Bangui en 2015,  lorsqu’qu’après une audience avec Faustin Ange-Touadera il annonça tout de go le retrait de l’armée française de Centrafrique alors même qu’il n’en avait pas pipé un seul mot au président centrafricain qui venait pourtant de le recevoir

Finalement, le changement de style n’a donné lieu à aucune vision nouvelle des dossiers africains. Et pour la raison simple que seul est resté aux commandes un Emmanuel Macron plus impérial que jamais. 

                   Emmanuel Macron seul en piste 

La réalité est que sur l’Afrique comme sur les autres dossiers, Catherine Colonna n’a eu aucune marge de manœuvre. Elle s’est alignée sur les desideratas de Macron. En pensant que cela était suffisant pour « sauver sa peau » au Quai d’Orsay. Elle est désormais comptable de l’aveuglement de la France dans la crise au Niger. Tout le monde, sauf Macron, voyait que la diplomatie française faisait faute route en refusant d’accéder aux exigences des militaires auteurs du coup d’Etat du 26 juillet de rappeler l’ambassadeur de France à Niamey et de retirer du pays les 1500 soldats français.

Finalement en septembre 2023 Macron a dû se résoudre à annoncer honteusement qu’il accède, sans aucune contrepartie, à toutes les demandes du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP). Colonna et ses diplomates n’ont pas su peser sur les décisions dénuées de sens de l’Elysée. 

                        Séjourné, un novice face à l’ Afrique 

Paradoxalement, l’ancienne cheffe de la diplomatie française pourrait même être soulagée de partir de son poste. Pendant toute cette période, le vrai patron du Quai d’Orsay aura été Macron lui-même. Il n’est pas sûr que les processus de décision changent véritablement avec l’arrivée de Stéphane Séjourné, 38 ans, à la tête du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

S’il a l’avantage d’être, par rapport à Colonna, plus proche de Macron, Séjourné connaît, en revanche, les dossiers africains moins que Colonna qui avait été initiée au continent par l’ancien président Jacques Chirac.

Avec le profil qui est le sien, il n’est pas sûr que le nouveau ministre de l’Europe et des affaires étrangères ait une grande appétence pour les dossiers africains. En clair, il y a peu de chance pour que d’ici à la fin du quinquennat de Macron que la France retrouve le terrain perdu en Afrique, particulièrement au Sahel 





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