le chef de l’ONU demande à « toutes les parties » d’éviter « l’escalade » après les frappes américaines et britanniques contre les houthistes


Un avion britannique de la Royal Air Force décolle de Chypre afin de mener des frappes aériennes au Yémen, le 11 janvier 2024.

Après les frappes menées contre les houthistes au Yémen par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a demandé, vendredi 12 janvier, à « toutes les parties » d’éviter « une escalade de la situation dans l’intérêt de la paix et de la stabilité en mer Rouge et dans l’ensemble de la région », a fait savoir son porte-parole, Stéphane Dujarric, durant un point presse.

Le Conseil de sécurité de l’ONU devait se réunir en urgence dans l’après-midi, à la demande de la Russie, a annoncé la France, qui assure la présidence du Conseil en janvier.

Le Conseil de sécurité a adopté mercredi une résolution exigeant l’arrêt « immédiat » des attaques des houthistes contre des navires en mer Rouge, notant également le droit des Etats membres à défendre les navires contre ces attaques. La Russie s’était abstenue lors de ce vote.

Des centaines de milliers de manifestants à Sanaa

Des manifestants se rassemblent pour dénoncer les frappes aériennes lancées par les Etats-Unis et le Royaume-Uni, à Sanaa, au Yémen, le 12 janvier 2024.

Les Yéménites ont répondu vendredi par centaines de milliers à l’appel des houthistes à manifester à Sanaa contre les frappes des Etats-Unis et du Royaume-uni, qui visent ces rebelles en représailles à leurs attaques contre la marine marchande en mer Rouge.

La foule a rempli la grande place Sabine du centre de Sanaa sous une forêt de drapeaux yéménites et palestiniens et de nombreux portraits du chef des rebelles, Abdel Malik Al-Houthi, et du chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, dont les groupes sont soutenus par l’Iran.

« Mort à l’Amérique, mort à Israël », ont scandé les manifestants, des partisans des rebelles qui contrôlent la capitale Sanaa et plusieurs régions du Yémen.

Plus de 70 frappes visant des sites militaires au Yémen

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont bombardé, tôt vendredi, les houthistes au Yémen, après les attaques commises depuis des semaines par ces rebelles, soutenus par l’Iran, contre le trafic maritime en mer Rouge en signe de solidarité avec les Palestiniens de Gaza. L’opération a relancé les craintes d’une propagation du conflit entre Israël et le Hamas qui fait rage à Gaza.

Dans une déclaration commune, Washington, Londres et huit de leurs alliés, parmi lesquels l’Australie, le Canada et Bahreïn, ont souligné que leur objectif était la « désescalade » en mer Rouge. Les frappes, « 73 raids », ont visé des sites militaires dans la capitale, Sanaa, et les gouvernorats de Hodeïdah, Taëz, Hajjah et Saada, a fait savoir le porte-parole militaire des houthistes, un mouvement membre de « l’axe de la résistance » établi par l’Iran, qui rassemble des groupes hostiles à Israël, notamment le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais.

L’opération a été menée « avec succès » en réponse « directe aux attaques sans précédent de la part des houthistes de navires internationaux en mer Rouge », a affirmé le président américain, Joe Biden, évoquant une action « défensive » pour protéger en particulier le commerce international.

Le Monde Application

La Matinale du Monde

Chaque matin, retrouvez notre sélection de 20 articles à ne pas manquer

Télécharger l’application

Le ministre de la défense américain, Lloyd Austin, dont l’hospitalisation longtemps tenue secrète a déclenché une polémique, a supervisé les frappes américano-britanniques au Yémen « de son lit d’hôpital », a assuré vendredi la Maison Blanche.

Downing Street a publié, de son côté, sa position juridique concernant ces frappes, expliquant que ces dernières visaient « des cibles soigneusement identifiées ». « Le Royaume-Uni est autorisé par le droit international à recourir à la force dans de telles circonstances, lorsque la légitime défense est le seul moyen possible de faire face à une attaque armée réelle ou imminente, et que la force utilisée est nécessaire et proportionnée. »

Dans le camp occidental, l’OTAN a appelé les houthistes à cesser leurs attaques après ces frappes « défensives ». La France a aussi « exigé » la fin des attaques.

« Les Etats-Unis et le Royaume-Uni doivent se préparer à payer un prix fort et à supporter les lourdes conséquences de cette agression », a réagi le vice-ministre des affaires étrangères des houthistes, Hussein Al-Ezzi, cité par les médias du mouvement. Les intérêts américains et britanniques sont devenus des « cibles légitimes » pour les houthistes après les frappes des Etats-Unis et du Royaume-Uni au Yémen, ont déclaré les rebelles.

L’Iran a, de son côté, condamné une « action arbitraire » et une « violation flagrante de la souveraineté » du Yémen. Malgré les frappes américaines au Yémen contre les rebelles houthistes soutenus par Téhéran, les Etats-Unis ne « cherchent pas de conflit avec l’Iran », a assuré dans l’après-midi la Maison Blanche.

Des frappes jugées « illégitimes » par le Kremlin

Le Kremlin a condamné des frappes « illégitimes du point de vue du droit international ». La Chine a, quant à elle, exhorté les parties prenantes « à faire preuve de retenue, afin d’éviter une expansion du conflit ». Un appel au calme également lancé par l’Arabie saoudite, à la tête d’une coalition internationale antihouthistes. Le sultanat d’Oman, médiateur entre houthistes et forces loyalistes yéménites, a condamné le « recours de la part de pays amis à l’action militaire ».

« L’Amérique et Israël utilisent cette même force disproportionnée contre les Palestiniens, et les Britanniques marchent dans les pas des Etats-Unis », a fustigé le président turc, Recep Tayyip Erdogan. L’opération aura « des répercussions sur la sécurité régionale », a réagi le Hamas.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Transport maritime : la tension persiste en mer Rouge

Une trentaine d’attaques des houthistes depuis la mi-novembre

Déclenchés par la guerre entre Israël et le Hamas, après l’attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien le 7 octobre, les tirs de missiles et de drones de la part des houthistes ont poussé de nombreux armateurs à délaisser le couloir de la mer Rouge entre Europe et en Asie, au prix d’une hausse des coûts et temps de transport.

Les Etats-Unis avaient déployé des navires de guerre et mis en place en décembre une coalition internationale pour protéger le trafic maritime dans cette zone, par où transite 12 % du commerce mondial. La compagnie de transport maritime danoise Torm a annoncé vendredi qu’elle interrompait tout transit par le sud de la mer Rouge en raison des attaques contre des bateaux commerciaux.

Les houthistes n’ont pas désarmé, lançant mardi 18 drones et trois missiles, lesquels ont été abattus par trois destroyers américains, un navire britannique et des avions de combat déployés depuis le porte-avions américain Dwight-D.-Eisenhower. La riposte américano-britannique est venue après le tir houthiste jeudi d’un nouveau missile antinavire.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les houthistes yéménites ouvrent un nouveau front en mer Rouge

Washington sanctionne deux transporteurs maritimes accusés de soutenir financièrement les houthistes

Les Etats-Unis ont sanctionné vendredi deux transporteurs maritimes pour leur soutien financier aux rebelles houthistes. Ces entreprises, Cielo Maritime basée à Hongkong, et Global Tech Marine Services des Emirats arabes unis, transportent « des produits iraniens pour le compte » des gardiens de la révolution islamique, a assuré le département américain au Trésor dans un communiqué.

« Les revenus de la vente de matières premières soutiennent les houthistes et leurs attaques contre le transport maritime international dans la mer Rouge et le golfe d’Aden », est-il précisé. Quatre navires, qui appartiennent ou sont gérés par ces entreprises, sont également visés par ces sanctions américaines.

L’Espagne ne participera pas à une éventuelle mission de l’UE

L’Espagne ne prendra pas part à une éventuelle mission de l’Union européenne en mer Rouge contre les attaques de rebelles houthistes du Yémen, a annoncé vendredi la ministre de la défense espagnole, alors que l’envoi d’une force navale européenne est à l’étude. « La position de l’Espagne a toujours été très claire à ce sujet », a insisté la ministre.

Les pays de l’UE doivent discuter à partir de mardi de cette question, qui est à l’étude à Bruxelles depuis plusieurs semaines. Le projet avait été évoqué bien avant que les forces américaines et britanniques frappent le Yémen.

L’UE cherche à compléter la coalition dirigée par les Etats-Unis, qui comprend des pays de l’Union et opère déjà sur cette route maritime vitale. La taille et la composition d’une telle mission européenne restent toutefois à préciser.

La production de Tesla et Volvo perturbée en Europe

Chez Tesla comme chez Volvo, la production d’automobiles est perturbée par les attaques contre les cargos en mer Rouge, qui ralentissent l’acheminement de pièces détachées asiatiques dans les usines européennes.

Tesla a été le premier constructeur à annoncer dans la nuit de jeudi à vendredi que sa production serait suspendue pendant deux semaines dans son usine européenne, entre le 29 janvier et le 11 février. L’usine de Volvo à Gand (Belgique) va également être fermée pendant trois jours durant la semaine du 15 janvier faute de boîtes de vitesses, dont la livraison a pris du retard à cause de « réajustements dans les voies maritimes ».

Pour éviter les risques d’attaque, les porte-conteneurs doivent emprunter un itinéraire de substitution autour du cap sud-africain de Bonne-Espérance, beaucoup plus long et coûteux. Le voyage entre l’Asie et l’Europe est rallongé de dix à vingt jours.

Le Monde avec AP et AFP



Source link

Leave a Comment