L’acteur et réalisateur Samuel Theis accusé de viol, une enquête ouverte


L’acteur et réalisateur Samuel Theis a été accusé de viol par un technicien lors d’une fête sur le tournage de son film “Je le jure”. Un protocole de confinement a été mis en place par la production pour terminer le long-métrage.

Consacré pour le film Party Girl en 2014, applaudi pour Petite nature en 2021 et à l’affiche du carton cinématographique Anatomie d’une chute, auréolé de la Palme d’Or à Cannes en mai 2023, Samuel Theis est désormais accusé de viol. Les faits se seraient déroulés au printemps dernier sur le tournage de Je le jure.

Selon des informations de Télérama et Libération, confirmées par BFMTV.com, l’acteur et réalisateur, âgé de 45 ans, est accusé depuis le 3 juillet par un technicien qui travaillait sur son nouveau long-métrage tourné en partie en Moselle. Ce dernier a porté plainte en juillet dernier auprès du procureur de la République de Metz. Une enquête est en cours, a indiqué à BFMTV.com le représentant du parquet.

Samuel Theis réfute catégoriquement les faits qui lui sont reprochés et reconnaît un rapport sexuel consenti. Sa défense assure avoir appris ces suites judiciaires dans la presse et n’avoir pas encore entendu par les enquêteurs. Depuis fin novembre, une seconde plainte avec constitution de partie civile a été déposée par le technicien. À ce stade, elle n’a pas encore été transmise au parquet.

Soirée dans un appartement

Je le jure est un film judiciaire focalisé sur les jurés d’une cour d’assises et tourné en partie dans un tribunal loué pour l’occasion. Une sorte de mise en abyme des faits dénoncés qui se sont eux passés lors d’une soirée de fin de tournage à Metz alors que l’équipe s’apprête à changer de décors et que les acteurs principaux – Marina Foïs, Emmanuel Salinger ou encore Louise Bourgouin – doivent arriver.

Le 30 juin au soir, l’équipe se réunit dans un appartement de Metz loué par la production pour y loger notamment le réalisateur, Samuel Theis. Il est habituel sur des tournages qu’une partie des effectifs soient logés ailleurs que dans des chambres d’hôtel pour offrir un meilleur cadre de travail.

À cette époque, la France connaît des violences urbaines, à la suite de la mort de Nahel, un jeune homme de 17 ans tué d’une balle lors d’un refus d’obtempérer.

À Metz comme ailleurs, des mesures sont prises pour limiter les déplacements le soir. La soirée de l’équipe du film se terminer vers minuit, 1 heure, selon les participants. Seuls 4-5 personnes restent dans l’appartement pour jouer au poker. Parmi eux, le technicien et le réalisateur.

Le premier, manifestement ivre, s’endort aux toilettes. Selon des témoins, il n’est pas en état de coma éthylique, il reste conscient. Le second le couche dans une chambre. Puis tous les invités quittent l’appartement.

Samuel Theis se couche dans le même lit que le jeune technicien. Les deux hommes dorment jusqu’au matin, puis ont un rapport sexuel oral. La configuration de l’appartement fait qu’une membre de l’équipe, elle aussi logée dans cet appartement, passe dans la chambre pour se rendre à la salle de bain attenante. Elle évoque alors un rapport “partagé”, “tendre”, selon ses termes, “gênée de déranger cet instant d’intimité”.

Puis elle croise le technicien lors de son départ du logement, échange quelques mots avec lui. Rien ne semble l’alerter tant sur le moment qu’elle vient d’apercevoir que sur l’état de santé ou de conscience de ce dernier.

“Impression d’avoir été drogué”

Deux jours plus tard, Samuel Theis dit avoir recroisé le technicien sur le plateau du tournage, échangeant avec humour sur ce qu’il s’était passé entre eux et convenant de ne pas l’ébruiter. Mais le 4 juillet, le jeune homme semble moins à l’aise avec ce rapport sexuel et adresse un SMS au réalisateur lui indiquant n’être plus très sûr d’avoir donné son consentement et évoquant alors une agression sexuelle. À certains autres membres de l’équipe, il fait part de son mal-être.

Aujourd’hui, le technicien s’interroge sur son état au moment des faits. “Je n’étais pas dans mon état normal, j’ai l’impression d’avoir été drogué”, confie le jeune homme à Télérama. Des accusations qu’il n’avait jusqu’alors jamais formulées ni auprès du réalisateur, ni auprès d’autres membres de l’équipe de tournage. Il demande également que les faits et leurs conséquences soient reconnus comme un accident du travail

Au moment du tournage, Samuel Theis prévient lui-même immédiatement la production et Caroline Bonmarchand, à la tête d’Avenue B Production. La société recueille la parole du jeune technicien. Ce dernier demande à quitter le tournage. Ses indemnités pour l’intégralité du film lui sont versées, une aide psychologique et juridique lui est proposée. Aide qu’il refuse. Sur le tournage reste une vive émotion parmi les collègues du jeune homme. Le mouvement #MeToo est passé par là.

Le réalisateur confiné

Là où l’affaire aurait été cachée sous le tapis il y a encore quelques années, la production décide d’organiser des réunions avec toute l’équipe, acteurs y compris. Caroline Bonmarchand, membre du collectif 50/50, qui œuvre pour la parité, l’égalité et la diversité dans le cinéma, cherche des pistes dans le Livre blanc de l’association ou dans la documentation du CNC, le centre national du cinéma. Aucune solution n’est livrée clé en main pour ce type de situation, la production improvise en tentant de faire adhérer toute l’équipe.

L’objectif est clair, il faut trouver un compromis pour permettre au film de se poursuivre, pour préserver la parole du technicien et pour respecter la présomption d’innocence à l’égard de Samuel Theis.

“La différence entre un tournage de film et une autre entreprise est qu’il n’y a pas la possibilité de prendre des mesures conservatoires, explique-t-on du côté de la production. Ce n’est pas seulement pour une raison budgétaire, mais pour la réalisation d’un film, vous avez loué tel endroit, tel acteur est disponible jusqu’à telle date. Il y a des contraintes organisationnelles qui font que tout est minuté.”

Enquête interne

Faut-il remplacer ce dernier comme lors du tournage de King où le réalisateur David Moreau accusé de viol avait été écarté laissant sa place à son directeur de la photographie? S’il reste, dans quelles conditions? Deux puis trois rencontres se tiennent pour aboutir à un protocole: Samuel Theis est maintenu à la réalisation de Je le jure avec la mise en place d’un “safe space”, à savoir une salle dans laquelle le réalisateur assistait aux prises avec son assistant et son scripte. Il voyait les acteurs pour la mise en place en amont. S’il avait besoin de se rendre sur le plateau, il devait d’abord en faire la demande.

“Au vu des circonstances et des réactions de certains, ce protocole était un moindre mal, même s’il a été difficilement supportable pour le réalisateur qui s’est nécessairement senti exclu de son propre tournage”, commente auprès de BFMTV.com Me Marie Dosé, l’avocate de Samuel Theis.

La production charge aussi un cabinet d’avocats indépendant de mener une enquête interne. Le technicien est longuement entendu, tout comme la prodution et l’équipe du film. Cette enquête ne démontre pas une ambiance toxique sur le plateau ou une atmosphère sexualisée.

Aucun autre membre de l’équipe ne vient se plaindre du comportement de Samuel Theis. Le rapport de 260 pages conclut en ces termes: “À ce stade, en l’absence d’éléments probants, je ne dispose d’aucun élément susceptible de caractériser un comportement fautif sur la base de faits de violences sexuelles présumés tels que dénoncés.”



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