que vaut cette relecture du crash aérien d’une équipe de rugby en 1972 ?



En 1973 sortait chez Grasset le livre Les Survivants, écrit par Piers Paul Read. Ce récit captivant, s’appuyant sur des témoignages des rescapés du vol Fuerza Aérea Uruguaya 571, accidenté entre Montevideo (Uruguay) et Santiago du Chili, avait été un best-seller à sa sortie. Le livre fut ensuite adapté dans un film qui portait le même titre de 1993, réalisé par Franck Marshal, avec Ethan Hawk, Vincent Spano et Josh Hamilton. Si à l’époque le cinéaste avait pris des libertés sur certains aspects de l’histoire, cette nouvelle adaptation, intitulée Le Cercle des neiges, réalisé par l’Espagnol Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, Jurassic World : Fallen Kingdom et les deux premiers épisodes des Anneaux de pouvoir), s’attache à être au plus proche de la vérité. Le résultat ? Palpitant et terrifiant à la fois.

Pour rappel, le drame a eu lieu en 1972. Une équipe de rugby amateur uruguayenne, les Old Christians, accompagnée de leur famille et de leurs amis embarquent pour un vol au départ de Montevideo. Ce petit courrier, censé atterrir à Santiago, n’arrivera malheureusement jamais à destination. Les mauvaises conditions météorologiques précipiteront l’engin dans un crash à 3 600 mètres d’altitude… Dix-sept passagers mourront sur le coup ou dans les 24 heures suivant l’accident. Douze autres perdront la vie, dont huit à cause d’une avalanche, portant un bilan déjà lourd à vingt-neuf victimes. Le reste du groupe survivra… en se nourrissant des corps des passagers morts.

Les survivants : « cannibalisme justifié »

Cette adaptation, inspirée du livre La Sociedad de la nieve de Pablo Vierci, autre ouvrage sur le sujet, propose un nouvel angle. Il donne une voix à ceux qui n’ont pas survécu à la catastrophe : les vingt-neuf morts sur les quarante-cinq passagers. Dans le communiqué de presse, le réalisateur partage le consensus qui s’est imposé lors du projet : « Vierci a soutenu le projet dès le début, même si notre point de vue n’était pas le sien : dans son livre, l’histoire est racontée par les seize survivants. Nous avons choisi d’inclure les morts. Il a trouvé l’idée géniale et l’a toujours soutenue.  »

Le film de Juan Antonio Bayona retrace le chemin de croix des passagers : le crash, l’avalanche et, bien sûr, l’aspect le plus effrayant de cette épopée tragique, l’anthropophagie – acte barbare, mais vital pour survivre. Après plusieurs débats houleux au sein des rescapés affamés en pleine montagne, les jeunes catholiques s’y étaient résolus. A posteriori, les églises chilienne et uruguayenne, ainsi que le pape Paul VI, leur avaient donné l’absolution, jugeant que les malheureux n’avaient pas eu le choix. Le quotidien chilien La Segunda qualifiait même l’acte de « cannibalisme justifié », avec en surtitre « Que Dieu les pardonne ! ».

Cette dimension paradoxale de l’horreur commise au nom de la survie fascine particulièrement Juan Antonio Bayona, qui filme le basculement dans la consommation de chair humaine à juste distance, sans jamais sombrer dans des images trop explicites. Le cinéaste montre comment ses héros tragiques ont tenté de donner un sens à cet acte fou à travers leur foi chrétienne et ses symboles mystiques. Chacun jugera s’il adhère ou non au volet le plus religieux du récit. Son versant plus universel nous enseigne quant à lui comment les protagonistes ont réussi à surmonter l’insurmontable, pendant deux mois et demi dans un des endroits les plus hostiles du monde, grâce à leur esprit de camaraderie et leur solidarité. Un miracle.

À LIRE AUSSI « Le Monde après nous » sur Netflix : le thriller apocalyptique des ObamaLes acteurs incarnent avec force cette volonté inébranlable de s’en sortir, tous ensemble, tandis que le souci de réalisme du réalisateur nous immerge à 100 % dans un suspense spectaculaire et prenant, même si l’on connaît son issue. D’aucuns jugeront peut-être que l’action traîne un brin une fois les rescapés regroupés dans la carlingue mais c’est la nature même de ce film qui attend, respire et espère au même rythme que ses jeunes héros à l’aube de leur vie et pourtant si proches de la mort. Jusqu’au dénouement, Juan Antonio Bayona garde le spectateur à l’affût tout en livrant un beau message humaniste au cœur du drame. Il dresse finalement un vibrant hommage aux morts comme aux rescapés de ce crash funeste. Bref, une œuvre bluffante… mais à regarder de préférence avec un estomac solidement accroché.

Le Cercle des neiges, disponible sur Netflix, depuis le 4 janvier.




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