« Cela va prendre du temps avant de regagner la confiance des consommateurs »


De premières réponses après la crise ? Les ostréiculteurs du bassin d’Arcachon ont rendez-vous ce vendredi à 11 heures en préfecture de Gironde, après l’interdiction de vente et de consommation de leurs coquillages, tombée le mercredi 27 décembre dernier, juste avant le Jour de l’An. Des analyses avaient en effet révélé la présence de norovirus dans les élevages, juste après de premiers cas de « toxi-infections alimentaires collectives » (Tiac), qui s’étaient poursuivis les jours suivants.

« Dans ces cas précis de Tiac, l’interdiction de vente et de consommation des produits concernés court sur une durée de vingt-huit jours, sous réserve qu’il n’y ait pas de nouveaux cas d’intoxication », précise à 20 Minutes la préfecture de la Gironde. Les ostréiculteurs, qui comprennent pour la plupart cette mesure d’interdiction de vente prise par les autorités, s’estiment toutefois victimes également de la situation, et vont réclamer des indemnisations. Ils évaluent leurs pertes à quelque huit millions d’euros et envisagent de porter plainte s’ils ne sont pas indemnisés en partie.

« Nous allons avoir besoin d’indemnités pour relancer la machine »

Mercredi, le ministre Renaissance délégué aux Comptes publics Thomas Cazenave, ex-candidat aux municipales à Bordeaux, a indiqué avoir « demandé à la DGFiP [Direction générale des finances publiques], à l’Urssaf et à la MSA [Mutualité sociale agricole] une bienveillance particulière à l’égard des ostréiculteurs affectés, en accordant notamment des délais de paiement pour les échéances fiscales et sociales. »

« Insuffisant », s’agace auprès de 20 Minutes Christian Galinier, ostréiculteur depuis trente-sept ans sur le bassin, et gérant des Huîtres Galinette à Gujan-Mestras. Il demande des « exonérations, pas des reports » en soulignant avoir perdu « un tiers » de son chiffre d’affaires avec cette interdiction de vente. Cette proposition du ministre va « dans le bon sens » estime pour sa part Christophe Lafond, ostréiculteur et gérant de La cabane à Pinpin, à La Teste-de-Buch. « Mais il nous faudra aussi des aides, ajoute-t-il immédiatement. Pourquoi pas une exonération des redevances domaniales, avance-t-il, car nous allons avoir besoin d’indemnités qui nous permettent de relancer la machine. »

« Tout cela fera l’objet des discussions de vendredi, nous dit-on à la préfecture, car les ostréiculteurs ont des droits en matière de chômage partiel notamment, mais d’autres mesures pourront être prises, peut-être même au niveau national. »

Chargées de contaminants, les eaux de ruissellement se sont déversées dans le bassin

Les ostréiculteurs arcachonnais rappellent que le norovirus n’est pas « naturellement » présent dans l’eau de mer, et qu’ils ne sont pas responsables de son développement dans les eaux du bassin en décembre dernier. « La présence de norovirus dans les mollusques d’aquaculture tels que les huîtres n’est pas liée aux produits eux-mêmes, mais à la qualité de l’eau de mer dans laquelle ils sont élevés », confirme le secrétariat d’Etat chargé de la Mer.

Mais que s’est-il passé, pour que ce norovirus se développe donc ainsi ? Ce sont les fortes pluies du dernier trimestre 2023 qui sont en cause. « Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut bien avoir à l’esprit que les eaux ruissellent sur un territoire de plus de 4.000 km2, qui va jusque dans le Médoc ou dans les Landes, avant de terminer leur course dans le bassin d’Arcachon », explique à 20 Minutes la directrice du Siba (Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon) Sabine Jeandenand. « En comparaison, la superficie des douze communes du Siba représente seulement 900 km2, poursuit-elle. Habituellement, la goutte d’eau qui tombe dans le Médoc reste dans son territoire, mais quand on a des cumuls de pluie comme on a connu, et qui atteignent en quelques semaines la pluviométrie annuelle, c’est-à-dire plus de 700 mm, la même goutte d’eau va poursuivre sa course en empruntant des fossés, des cours d’eau, et en se chargeant de tous les contaminants qu’elle rencontre, dont les norovirus. Et au bout du bout, elle termine sa course dans le bassin d’Arcachon. »

Régulièrement pointé du doigt, le réseau d’assainissement du bassin d’Arcachon a joué un rôle également, mais pas pour des questions de « sous-dimensionnement. » « Les eaux de pluie qui ruissellent finissent aussi par s’immiscer dans le réseau de collecte des eaux usées, et avec la multiplication des inondations, elles finissent par ressortir, chargées de contaminants. » En revanche, « les stations d’épuration ne débordent pas, contrairement à ce que l’on peut entendre », insiste Sabine Jeandenand. « Le problème est que le réseau de collecte des eaux usées n’est pas fait pour transporter des eaux de ruissellement. »

Le bassin d’Arcachon n’a toutefois pas été la seule zone contaminée en France, puisque deux secteurs très limités du Calvados et de la Manche sont aussi concernés. « Cela représente à peine 10 % de zones contaminées en France » par rapport à la totalité de la production nationale, tentait de rassurer dimanche dernier Philippe Le Gal, président de la Fédération nationale de la conchyliculture.

« Au final nous aurons un produit magnifique »

Car la profession craint la crise de confiance et la désaffection du consommateur. Particulièrement à Arcachon. « Aujourd’hui, le mal est fait, mais que se passera-t-il après la levée de l’interdiction ? », s’interroge Christophe Lafond. « J’ai un gros doute concernant le redémarrage de la consommation, car cela va prendre du temps avant de regagner la confiance des consommateurs, poursuit-il. Je pense que cela passera par une grosse campagne de communication. » Mêmes craintes pour Christian Galinier. « Les clients ont été malades et il va se passer un certain temps avant que la consommation ne redémarre, avance-t-il. On va devoir réexpliquer que tout cela n’est pas de notre fait. »

Les ventes du Nouvel An auraient représenté quelque 800 tonnes d’huîtres, qui ont été en partie remises dans les parcs et qui seront bien vendues au final, une fois la qualité de l’eau rétablie. « Pour ma part, j’en suis à une cinquantaine de tonnes qui ont dû être remises en concession, explique Christophe Lafond. On attend qu’elles soient “décontaminées”, un processus qui va se faire naturellement, avant de les remettre sur le marché. Et au final nous aurons un produit magnifique, puisqu’on lui redonne du temps, ce qui va lui conférer une qualité exceptionnelle à partir du mois de mars. Mais en attendant, cela prend de la place dans nos parcs, et cela génère de la mortalité sur les huîtres qui restent… »

Les ostréiculteurs rappellent que l’élevage de l’huître est un processus long qui peut prendre jusqu’à quatre ans, et qu’il est soumis à « différents aléas naturels ».





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