A 16 ans, Luke Littler est devenu un phénomène sans même devenir champion du monde de fléchettes


Luke Littler fête sa victoire en demi-finales du championnat du monde de fléchettes, à Londres, le 2 janvier 2024.

Sa préparation a de quoi étonner : « Le matin, je vais prendre une omelette au jambon et au fromage, puis une pizza et je m’entraîne ensuite. » Un régime d’adolescent pour un sportif hors du commun. A 16 ans, Luke Littler a disputé, mercredi 3 janvier, à 21 heures, la finale du championnat du monde de fléchettes contre Luke Humphries, compatriote anglais et numéro 1 mondial, à l’Alexandra Palace, à Londres. Le garçon, devenu un phénomène pour les Britanniques, est le plus jeune compétiteur à parvenir en finale depuis la création de la compétition, en 1978.

L’histoire commence le 20 décembre et justifie son surnom de « Luke the Nuke » (« Luke la bombe nucléaire »). Le natif de Runcorn, dans le nord-ouest de l’Angleterre, qui n’enregistre que quatre rencontres en seniors, entre en scène et expédie son adversaire du jour. Bis repetita aux deuxième et troisième tours. A la confrontation suivante, il se mesure à une des références de la discipline et son idole, le Néerlandais Raymond van Barneveld, quintuple champion du monde. Qu’importe le palmarès de son adversaire, Luke Littler l’emporte 4 manches à 1 avant de s’imposer 5 à 1 en quarts de finale. « C’est comme jouer contre un robot », analyse Raymond van Barneveld. Dans le dernier carré, Luke Littler se défait de Rob Cross (6-2). S’il s’est incliné en finale (7-4) mercredi soir contre le meilleur joueur du monde, Luke Humphries, le jeune homme écrit déjà l’histoire de son sport.

Le public lui chante qu’il a école le lendemain

Sur le pas de tir, son attitude déconcerte. Si son adresse est remarquable – qualité principale d’un tireur – c’est son calme qui impressionne. Après son « double 10 » qui l’envoie en finale, une modeste manifestation de joie : deux bras levés aussi rapidement abaissés. Dans son dos, les 10 000 spectateurs costumés et réunis à « Ally Pally », la Mecque des fans de fléchettes, entonnent Chase the Sun, l’hymne du championnat. Le public a trouvé sa nouvelle coqueluche mais il n’hésite pas à la charrier en lui chantant qu’elle a école le lendemain. Dans l’arène, apnées et effusions de joie se succèdent.

« Le championnat du monde de fléchettes est devenu une institution de fin d’année, rappelle l’hebdomadaire The EconomistUn mélange débridé de soirée costumée et de sport de haut niveau. » Un succès que Barry Hearn, promoteur de la compétition, explique par la singularité des fléchettes : « Où pouvez-vous avoir un jeune plombier côtoyer un banquier avec le prince Harry ? », écrivait-il dans son autobiographie.

Car loin du simple sport de bar, les darts (« fléchettes » en anglais) se situent « au cœur du complexe industriel britannique de la plaisanterie » où le virilisme poussé par les alcooliers, les sites de paris et le sport ont trouvé un « créneau rentable », rapporte The Economist. Le tout diffusé en direct dans l’ensemble du Royaume-Uni : c’est une des chaînes de Sky Sports, renommée Sky Sports Darts pour l’occasion, qui retransmet le championnat du monde. La demi-finale entre Rob Cross et Luke Littler a réuni 1,79 million de téléspectateurs, avec une pointe à plus de 2,3 millions. Une attention dont profitent les deux demi-finalistes, qui ont déjà remporté plus de 200 000 euros de primes de victoire. L’enveloppe atteint 570 000 euros en cas de victoire finale.

Une popularité qui entraîne des excès

Cette exposition a propulsé Luke « the Nuke » au rang de superstar. D’abord, dans son ancien club d’entraînement de St Helens, entre Liverpool et Manchester, qu’il a rejoint à l’âge de 9 ans. « Le nombre d’enfants qui viennent dans mon magasin disant qu’ils veulent être le prochain Luke Littler, c’est incroyable », se réjouit Karl Holden, cofondateur du St Helens Darts Academy, au Guardian.

Puis à l’échelle nationale : de quelques milliers d’abonnés sur Instagram avant le Mondial, Luke Littler en enregistre désormais un demi-million. Des joueurs de Premier League, la première division anglaise de football, lui ont exprimé leur soutien, la presse anglaise, y compris la plus sérieuse, lui consacre des articles, et son club de cœur, Manchester United, l’a invité à assister à un de ses matchs dans son mythique stade d’Old Trafford.

Cette célébrité inattendue comporte son lot de fantaisies, voire d’excès. Si Luke Littler avait été sacré champion du monde, le fast-food Kebhouze de Londres avait promis de lui offrir des kebabs à vie, autre péché mignon culinaire du prodige. Face à sa précocité, des doutes ont émergé sur la véracité de son âge jusqu’à la mise en ligne d’une photo de son certificat de naissance par un média britannique confirmant qu’il est né le 21 janvier 2007.

L’adolescent a même dû présenter des excuses après la diffusion d’une photo sur laquelle on le voit tenir un exemplaire du Sun : le tabloïd est boycotté dans sa région natale depuis sa couverture de la tragédie de Hillsborough. En avril 1989, 97 personnes avaient trouvé la mort dans un mouvement de foule avant un match opposant Liverpool à Nottingham Forest. Avec cette notoriété soudaine, Luke Littler ne s’appartient déjà plus tout à fait, lui qui n’était même pas né à l’époque du drame.





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