rue de la Rousselle, le temps des premiers devis


Des personnages fantasques, mi-hommes mi-animaux, pour habiller la nouvelle palissade et rompre avec les regroupements nocturnes entre consommateurs de stupéfiants. Rue de la Rousselle, dans l’hypercentre de Bordeaux, on s’accommode au mieux de la dent creuse laissée par l’effondrement des n° 19 et n° 21, dans la nuit du 20 au 21 juin 2021. Parmi l’assistance qui a bravé la pluie, en ce soir d’inauguration de fresque le 25 octobre, quelques riverains qui, eux aussi, ne demandent qu’à laisser libre cours à leur imagination, en l’occurrence celle des jours meilleurs. Deux ans et demi après le drame, cinq immeubles restent…

Des personnages fantasques, mi-hommes mi-animaux, pour habiller la nouvelle palissade et rompre avec les regroupements nocturnes entre consommateurs de stupéfiants. Rue de la Rousselle, dans l’hypercentre de Bordeaux, on s’accommode au mieux de la dent creuse laissée par l’effondrement des n° 19 et n° 21, dans la nuit du 20 au 21 juin 2021. Parmi l’assistance qui a bravé la pluie, en ce soir d’inauguration de fresque le 25 octobre, quelques riverains qui, eux aussi, ne demandent qu’à laisser libre cours à leur imagination, en l’occurrence celle des jours meilleurs. Deux ans et demi après le drame, cinq immeubles restent visés par des arrêtés de péril ordinaire, avec interdiction d’habiter les n° 17, 23 et 25.

« On me demande comment on fait pour tenir. J’ai compris qu’il ne faut pas se projeter. C’est dossier après dossier. Et là, c’est dossier diagnostic », résume Xavier Huchon, propriétaire au n° 23. Depuis août 2021, les Huchon et leurs trois enfants habitent à quelques rues, dans un meublé de 70 mètres carrés, cumulant loyer et crédit de leur appartement soit 2 300 euros par mois. Un moindre mal, oserait-on, au regard de la vertigineuse étendue des difficultés qui restent à surmonter avant de remettre définitivement les pieds dans l’appartement familial. « J’ai repris du poil de la bête », oppose Xavier Huchon.

En juillet 2022, dans l’appartement de Marie-Laure Lesbros, au dernier étage du n° 23, traversé d’étais.


En juillet 2022, dans l’appartement de Marie-Laure Lesbros, au dernier étage du n° 23, traversé d’étais.

Thierry David/ « Sud Ouest »

Sondages

« Dossier diagnostic », donc : confié à un ingénieur structures, l’audit en cours sur la stabilité de l’immeuble ne fera pas l’économie de sondages, ni dans le mur donnant sur la dent creuse, ni dans les parquets de trois appartements côté rue et une poutre du local commercial. Un préalable à l’établissement des devis qui n’est évidemment pas donné : les 21 200 euros sont pour l’heure à la charge de la copropriété.

« Nous le finançons nous-mêmes mais, a priori, le diagnostic structurel serait pris en charge par l’assurance », rassurent Xavier Huchon et Marie-Laure Lesbros, propriétaire d’un T2 au dernier étage, tous deux élus au conseil syndical de copropriété. Le chantier de consolidation des parties communes à suivre se chiffrera probablement non pas en dizaines mais « en centaines de milliers d’euros », ne serait-ce qu’au regard de la solution technique qui s’imposera pour soutenir le mur – autoporteuse ou pas – qui donne sur l’ex-n°21.

« Avec ce document qui ne peut pas être contesté, on pourra aller devant le juge des référés et obliger les assurances à sortir du bois »

S’y ajoute la note des travaux s’imposant dans les appartements. Les devis sont faits, moyennant un ticket d’entrée de 1 325 euros pour l’étude du maître d’œuvre. Dans celui de Marie-Laure Lesbros, traversé d’étais et dont les cloisons, la cuisine et une fenêtre ont été déposées lors des opérations de sécurisation, il y en a pour 80 000 euros. Chez les voisins des étages inférieurs, c’est 34 000 euros et 65 000 euros – l’appartement des Huchon, en fond de parcelle, n’a pas subi de dommages.

Double-étape

Ici, comme ailleurs dans la rue, le diagnostic et les devis nécessaires nourriront les très attendus rapports de l’expert judiciaire Olivier Moynot, qui travaille sur deux versants des effondrements : en déterminer les causes et évaluer les préjudices matériels de l’ensemble des sinistrés. Une double-étape cruciale qui tombera en deux temps courant 2024. Fortes de ces éléments, et sans atteindre les jugements définitifs sur les plans civil et pénal, les copropriétés pourraient alors réclamer à leur assurance respective des provisions – chose qui avait été refusée en tout début de procédure.

« Avec ce document qui ne peut pas être contesté, on pourra aller devant le juge des référés et obliger les assurances à sortir du bois », soutient Thomas Drouffe, président de l’Association des victimes et sinistrés de la rue de la Rousselle. Il évalue l’enveloppe des travaux, sécurisation et reconstruction de la dent creuse comprises, « autour de 10 millions d’euros », la note pouvant aller de « 4 000 euros » pour une porte réparée côté pair à « 1 million d’euros » pour les n° 17 et n° 23, aux premières loges de l’effondrement.

Un dispositif Opération programmée pour l’amélioration de l’habitat (Opah) pour copropriétés dégradées est en cours de déploiement et, sans réel espoir d’en bénéficier un jour, l’association milite pour la création d’un fonds de garantie qui aurait le mérite de faire le trait d’union avec les assurances. De là à caresser l’idée d’une date de retour ? On n’y reprendra plus Xavier Huchon : « Trop de complexité et d’inertie », balaye-t-il. Et pas de place pour l’imaginaire.



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