en plein Paris, bataille autour d’un monastère et son jardin


C’est un écrin de verdure au plein cœur de la capitale, qui fait l’objet d’une âpre bataille entre le diocèse de Paris, et sept associations de défense du patrimoine. Créé à partir d’un hôtel particulier du XVIIIe, le monastère de la Visitation, dans le très chic VIe arrondissement, doit être transformé en colocations solidaires : la maison Marguerite-Marie.

« Les religieuses, qui y vivaient recluses, ont quitté le monastère en 2010 et l’ont cédé au diocèse de Paris, en réclamant que soit pérennisée sa vocation d’entraide et de solidarité », explique-t-on au diocèse. Les colocations solidaires, destinées à des personnes en situation de fragilité, précaires, atteintes de handicap, ou des jeunes mères en difficulté, seront financées par un immeuble de rapport, également bâti sur le site, et destiné à la location.

L’entrée du monastère de la Visitation, 110, rue de Vaugirard, dans le VIe arrondissement de Paris. | POLYMAGOU / CC BY-SA 4.0

L’entrée du monastère de la Visitation, 110, rue de Vaugirard, dans le VIe arrondissement de Paris. | POLYMAGOU / CC BY-SA 4.0

Destruction d’une vacherie

Mais le projet global nécessitera la destruction de plusieurs bâtiments, édifiés à différentes époques. Dont une vacherie de 1886 et un petit oratoire dans lequel il est enchâssé.

« Un crève-cœur » pour Julien Lacaze, de l’association Sites et monuments, fer de lance de la mobilisation organisée contre le projet du diocèse. « Un projet louable, mais au détriment de l’intérêt général », estime-t-il. L’association s’inquiète aussi de l’avenir des 5 000 m² d’espaces verts, dont une partie, non protégés, « seront détruits pour construire les bâtiments. C’est une occasion manquée de créer un véritable jardin public dans Paris ». Les opposants plaident aussi pour la création d’« une ferme pédagogique » attelée à la vacherie de 1886.

« Le jardin existant passera de 4 390 m2 à 4 140 m2, rétorque le diocèse. Et nous allons le remettre en l’état et l’ouvrir partiellement au public en journée, sur 1 000 m2, en créant un passage qui désenclavera le terrain et permettra de passer d’une rue à l’autre. Une aire de jeu sera également créée, ainsi qu’une crèche. »

Concernant le bâti, « nous avons travaillé avec les Bâtiments de France, la mairie de Paris et la Commission du vieux Paris. Ce n’est pas le diocèse qui a décidé de manière arbitraire quels bâtiments allaient être détruits », précise le diocèse. À l’inverse, « les bâtiments qui ont un intérêt patrimonial vont être restaurés, jusqu’aux boutons de porte  ».

« Poumon de fraternité »

Le diocèse de Paris défend la création d’un « véritable poumon de fraternité dans le cœur de Paris. Le projet permettra d’offrir le plus beau cadre à des personnes en situation de précarité, tout en préservant le patrimoine et l’environnement, et en apportant un bénéfice aux riverains. » Les arguments des opposants, qui estiment que ce projet solidaire peut être fait « ailleurs », le font grincer.

En dix ans, plusieurs recours ont été engagés contre le projet devant la justice, sans aboutir. Une pétition a également été lancée, qui a réuni 1 800 signatures. Gérard Depardieu, riverain, a fait partie des personnes mobilisées. Mais les associations n’ont pas baissé les armes. Elles réclament l’expropriation du diocèse et le placement de l’ensemble en instance de classement, une démarche portée par l’ancien ministre de la Culture, Jack Lang. La Direction régionale des affaires culturelles (Drac) s’est rendue le 18 décembre 2023 sur place pour évaluer l’intérêt patrimonial du site. Sollicité, le ministère de la Culture n’a pas donné suite.



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